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Interview à penser

La chorégraphe Elise Lerat en toutes premières fois

Élise Lerat se forme en danse contemporaine au CNDC - Centre national de danse contemporaine d’Angers et à la Folkwang-Hochschüle de Essen en Allemagne. En 2010, elle fonde le Collectif Allogène, un espace de recherche artistique dédié à la production et à la diffusion d'oeuvres chorégraphiques et de films. Elle y développe son univers et sa gestuelle au travers d'oeuvres chorégraphiques et vidéo.

Quel est ton premier émoi de spectatrice ?

Les premières émotions fortes, je les ai trouvées d’abord dans les films. Le cinéma a beaucoup marqué mon enfance et il alimente toujours mon imaginaire.

À la fin des années 90’, Stand by me de Rob Reiner m'a bouleversée. Je me souviens du jour où je l'ai regardé, du temps qu'il faisait. J'étais adolescente et les acteurs avaient mon âge. Encore aujourd'hui, je m'inspire du cinéma, de son rythme. L'émotion y est très différente de celle qu'on peut ressentir dans une salle de spectacle. Plus tard, jeune adulte, j’ai vu Umwelt de la chorégraphe Maguy Marin. Je suis restée assise une demi-heure dans la salle après la fin de la pièce, sans pouvoir me lever.

C'est quand la première fois que tu as eu envie d'être danseuse ? Et chorégraphe ?

C'est assez flou, ça n'est pas un rêve de petite fille. C'est plutôt une attirance pour les arts et une envie de m’exprimer. La danse s'est imposée à moi, comme une évidence : le corps tout entier entre en jeu, à la fois physique, sensuel et émotionnel. J'ai décidé d'en faire mon métier au lycée. J'ai aussi pensé faire des études de philosophie ou à entrer aux Beaux-arts. J'aurais aussi pu être pilote de chasse ou astronaute... J'ai choisi la danse, et quand je l'ai décidé j’y suis allée à fond ! Le désir de créer a toujours été très fort. Devenir chorégraphe est devenu une nécessité.

Feux, c'est le premier titre auquel tu as pensé pour cette pièce ?

Cette pièce est née d’une envie de parler de la communauté, de la manière dont on s'organise les uns avec les autres. Je n'avais pas de titre vraiment convaincant, je l’ai laissé venir à moi.

Un jour, Feux est arrivé comme un éclair.  Feux, au pluriel. Car chaque personne est un feu. Le feu, c'est l'élément qui a commencé à organiser le quotidien de l'Homme, le foyer. Autour du feu, beaucoup de choses de la société sont nées. Le philosophe Nietzsche, par exemple, associe le feu à la création, l'enfance ou le jeu. Et le jeu c'est toujours inventer des règles, c'est créer. Ce qui me plaît dans le feu c'est aussi son rythme, la surprise, la veille, le flux, sa couleur. C'est tout ça. Et ça ouvre un imaginaire immense.

La première date d'un spectacle, ça met dans quel état ?

La première, c'est un état d'excitation intense. J'ai hâte. Le jour J, on est projeté ailleurs, il y a l'adrénaline, le stress... On saute dans le vide. Et moi j'aime ça ! Plus on approche des représentations, plus les émotions sont fortes. Avec les interprètes, l’équipe du spectacle, des répétitions à la création, c’est une aventure que nous vivons ensemble. La première, c'est l'aboutissement d'un projet, l'histoire d'un groupe.

  • Propos recueillis en déc. 2020. 
  • Feux est créé au TU en janvier 2021. Initialement programmé en ouverture du Festival Trajectoires, les représentations sont reportées en 2021 au TU.