Maëlle Dequiedt crée des formes iconoclastes qui mêlent musique et théâtre. Ses écritures de plateau, nourries par l’improvisation, placent les interprètes au cœur du processus de création. Après des études de violoncelle, elle intègre l’école du TNS où elle se forme notamment avec Thom Luz et Séverine Chavrier. Parmi ses récentes productions, Stabat Mater au Théâtre des Bouffes du Nord, Salon Strozzi: ein Sit-In au Staatstheater Wiesbaden (Allemagne) et L’Enfant et les sortilèges (An Empty House) à l’Opéra d’Anvers (Belgique). Sa prochaine création, Hurlevent, sera créée lors de l’édition 2026 du festival Cabaret de curiosités du Phénix – Scène nationale de Valenciennes.

Alors je dirais que ce spectacle part du théâtre et cherche une issue
pour aller dehors.
– Comment est né ce projet ? Quel a été le premier geste, la première image ou intuition à son origine ?
C’était un article sur lequel je suis tombée par hasard, intitulé La fille du réparateur de climatiseurs du Nebraska. Ce texte posait une question toute simple : pourquoi est-il plus difficile pour une enfant de la classe ouvrière de s’imaginer artiste que dirigeante d’une grande compagnie pétrolière ou d’assurance ? Bizarrement, cette question m’a parlé, à moi qui ne suis ni américaine, ni issue de la classe ouvrière.
– Qu’est-ce qui te met en mouvement aujourd’hui, dans ta pratique artistique ?
Réunir une communauté éphémère pour construire un spectacle. Partager des réflexions et des émotions avec les membres de l’équipe, puis avec les spectateur·ices. Faire revivre sur scène des personnes que j’aurais aimé connaître, comme Chantal Akerman, David Graeber ou Emily Brontë.
– Y a-t-il des lieux qui t’inspirent ou qui influencent ta création ? Si oui, pourquoi et comment ?
Les places publiques. Je passe du temps à observer les gens, les chiens, les pigeons, les voitures, les vélos, tout ce qui se passe sur une place publique. la manière dont les gens se croisent et se rencontrent, leur manière d’attendre, de se parler, leurs gestes quand ils se retrouvent, leurs banalités et leurs extravagances.
– As-tu déjà créé des formats de spectacles/rencontres en dehors d’un théâtre ?
Si oui, en quoi ces propositions “hors les murs” transforment-elles ta manière de créer ?
Actuellement, je joue Fwd: Chantal – prononcez Forward Chantal – une performance de 45 minutes durant laquelle je suis seule en scène. J’y parle de la réalisatrice Chantal Akerman et de ma mère, qui se trouve avoir le même prénom. C’est un solo destiné à être joué dans sans décor ni costume, hors des salles de théâtre, avec la lumière du jour. Je pense que sortir du théâtre m’a incité à raconter une histoire plus intime avec un rapport direct au public.
– Si ce spectacle était un déplacement, d’où partirait-on et où arriverait-on ?
Dans un article, David Graeber a une expression pour décrire les manifestations, il parle d’un assaut contre le spectacle. C’est une référence à Guy Debord : il cherche à s’en prendre à la société du spectacle. Alors je dirais que ce spectacle part du théâtre et cherche une issue pour aller dehors.
– Qu’est-ce que t’évoque l’expression suivante : Inventer (des) ailleurs ?
Je pense à David Graeber et aux manifestant·es qui décident, un jour de septembre 2011, de faire un sit-in au parc Zuccotti, un square à deux pas de la bourse de New-York. Ils viennent de divers milieux (ouvriers, intellectuels, étudiants…) discutent de la crise économique et du monde de la finance qui les étrangle, ils réfléchissent à des modes de représentation plus directs. Ils décident de rester pour continuer à échanger jusqu’à dormir sur place. Ils inventent en direct un « ailleurs », une autre réalité que celle qu’on leur impose. Ils sont rejoints par des dizaines, des centaines, puis des milliers de manifestant·es et le mouvement Occupy Wall Street se propage dans plus de 80 pays.
– Quelle(s) œuvre(s) (musicale, littéraire, cinématographique) pourrai(en)t accompagner l’univers du spectacle ?
Une bande-dessinée : L’Ère de l’égoïsme, de Darryl Cunningham
Un documentaire : Un pays qui se tient sage, de David Dufresne
Spectacle lié
- Festival Idéal
The Democracy Project
Maëlle Dequiedt – La Phenomena
Mer. 31.03 – 20h00
Jeu. 01.04 – 20h00
Ven. 02.04 – 20h00
Nouveau Studio Théâtre
Une performance musicale et politique portée par trois jeunes artistes en quête de liberté !