5 questions à Colyne Morange


Formée au Conservatoire d’art dramatique de Nantes puis à l’IAD (Belgique), Colyne Morange travaille comme comédienne et performeuse avec de nombreux artistes et compagnies en France et en Belgique. Elle approfondit sa pratique à travers de nombreux workshops internationaux en danse et performance. Basée à Nantes depuis 2010, elle fonde Stomach Company et travaille comme autrice, metteuse en scène, performeuse et dramaturge en France et à l’étranger. Elle présente au TU Plus près… Se rapprocher de Joy Division.

Ce spectacle cherche à prendre soin de celle.eux qui se sentent un peu à côté, pas comme il faudrait, inadapté.e.s.

-Colyne Morange

Quel a été le point de départ de ce spectacle ?

Fin du premier confinement, 18 mai 2020, je réalise que c’est les 40 ans du décès de Ian Curtis, le chanteur du groupe Joy Division. 

J’étais pas très en forme, j’avais très peur du retour à la « vie normale ». J’ai écouté leur musique toute la nuit en écrivant à Ian Curtis. Au petit matin, je me suis dit que quand même, j’en avais des choses à dire vis-à-vis de ce groupe, de ce qu’il portait, me faisait, de son importance, de mon rapport de fan et de comment ça pouvait à la fois être étrange, weirdos, mais aussi faire tellement écho à plein de gens qui entretiennent des relations intimes avec des musiques, des sons, et des artistes jamais rencontrés. Je me suis dit : un jour j’en ferai un spectacle. Et puis 2 ans plus tard, quand Renaud Cojo m’a passé commande pour son festival Discotake (Théâtre et Musique), c’était une évidence d’écrire un solo : PLUS PRÈS. 

Si ce spectacle était un remède, de quoi ou de qui prendrait-il soin ? 

Dans ce spectacle, je revendique le droit à la tristesse, à la fragilité, à la noirceur. C’est pas une complaisance pour le darkos, mais en réaction, en révolte contre l’injonction au bien-être et au bonheur, omniprésente dans notre société, où l’on ne dit plus à la fin d’une conversation ou d’un bref échange « à bientôt, au revoir » mais « prends soin de toi bon courage ». On m’a souvent dit qu’il ne fallait pas écouter cette musique si j’étais triste ou angoissée. Or, je crois que nous sommes très nombreux à avoir besoin d’espaces pour laisser s’exprimer le sombre, la mélancolie… et que cela passe souvent par la musique. Oui, on peut faire du sport, du yoga ou colorier des mandalas dans des magazines pour se calmer, mais c’est comme s’il « fallait », comme si la valeur, c’est d’aller bien, d’être performant, efficace. Joy Division, comme plein d’autres musiques, laisse donne le droit, laisse la place à des colères joyeuses, de belles grisailles, des dysfonctionnements et des chaos lumineux. Ce spectacle cherche à prendre soin de celle.eux qui se sentent un peu à côté, pas comme il faudrait, inadapté.e.s.

Quelles espaces de résistance permettent la fiction / l’art ?

Pour réponse, je recommanderais de lire l’essai d’une autrice que j’adore : Coline Pierré, « Eloge Les Fins Heureuses ». Dans ce texte, elle développe l’idée que nous avons besoin d’imaginer autre chose que ce que le grand récit cynique du monde nous assène, nous assèche, nous éteint. Dans son dernier roman, elle raconte comment une grève de la parole lancé par trois amies lycéennes va prendre une immense ampleur, et permettre de détrôner un proviseur à l’autorité patriarcale abusive. C’est une fiction. Mais cela donne de la force, de la joie. C’est parfois une façon de fuir, l’art, et la fiction, et ça me semble essentiel de trouver des points de fuite dans un monde oppressant et hyperactif, qui ne s’arrête jamais. Cela permet de vivre autre chose, de trouver de l’espoir… et aussi, de se sentir entouré, même de loin. Certains de mes livres et mes disques sont mes meilleurs amis. Ils m’enchantent de par leur brillance, leur intelligence, me donnent de la joie, même lorsqu’ils abordent des sujets sombres : leur lucidité adoucit.

Pourquoi aller au théâtre aujourd’hui ?

Pour sortir de chez soi, pour éviter de claquer 15 balles pour un restaurateur ou un bar qui exploite ses employés, pour rencontrer des gens et des histoires, pour décaler sa pensée. 

Qu’est ce qui te pousse à créer un spectacle ?

Quand quelque chose me retourne le ventre, que je me rends compte que je ne suis pas la seule, à qui cette chose retourne le ventre, que ça m’intéresse de passer du temps à y réfléchir, à en rire, quand je me dis qu’il y a besoin de raconter cette chose qui retourne le ventre, de partager la question avec d’autres, d’en pleurer ou rire ensemble, ou de l’exploser en quelque chose de plus bancal, défaire cette chose en la pulvérisant en petits bouts à travers une histoire… en faire du bruit, la détourner, trouver les chemins pour, ensemble s’en détacher. 

-> Propos recueillis en septembre 2025

À voir…


Plus près…

Colyne Morange – Stomach Company

Mar. 03.02 – 20h00
Mer. 04.02 – 20h00
Jeu. 05.02 – 20h00

Dans une partition aussi intime que généreuse, entre stand-up, conférence et auto-fiction, Colyne Morange compose une ode à Joy Division et au Punk, et à la musique.

Billetterie

5 questions à Colyne Morange

« Ce spectacle cherche à prendre soin de celle.eux qui se sentent un peu à côté, pas comme il faudrait, inadapté.e.s. »

5 questions à Issam Rachyq-Ahrad

« Aller au théâtre est un acte politique. C’est-à-dire que l’humain prévaut sur toute autre chose, que la poésie nous rend vivant. »

3 questions à Pauline Bigot et Steven Hervouet

« Nous pensons qu’il faut chérir la possibilité de se rassembler physiquement, pour un temps, à l’écoute d’une parole et d’un univers qui ne fait pas partie des récits dominateurs et ainsi cultiver une présence élargie au monde. »