Rencontre avec Mathilde Wind


Après le conservatoire du XIXème Mathilde Wind fonde avec Juliette Fribourg la compagnie STADIOS (théâtre et sport / théâtre et genre). Elle co-écrit et co-réalise avec Charlotte Issaly Scénique Ta Pièce, soutenu par le CNC : les grands classiques du théâtre adaptés en websérie pour le jeune public. Au cinéma, elle joue dans Fête triste, écrit et réalisé par Arthur Chrisp. Mathilde écrit et met en scène THANK GOD FOR SPERM (création 2024 au Théâtre de la Reine Blanche) et The Aborrrtion Ship (Festival La Beauté du geste 2023, Théâtre Brétigny) . Elle joue dans Montrer ses dents de Esther Moreira, présenté au Festival Fragments 2022 aux Plateaux Sauvages à Paris ; dans Mère, d’Ambre Matton, finaliste du Prix Jeunes Metteur.es en scène 2023 du Théâtre 13. Aussi dans Le combat du siècle n’a pas eu lieu de Juliette Fribourg et Shane Haddad au Théâtre de l’Atalante, à Paris, puis au Théâtre du Volcan, Scène Nationale du Havre.
Depuis 2021, elle travaille en tant qu’assistante aux côtés de Céleste Germe (Das Plateau) sur Pénélopes et Le Petit chaperon rouge (créé en juillet 2022 à Avignon).

© Paul Pascot

Aujourd’hui, pour écrire un spectacle, j’aime partir de ce que les gens ont a dire de leur vie, leur métier etc.

– Comment est né ce projet ? Quel a été le premier geste, la première image ou intuition à son origine ?

Le projet est né grâce à l’invitation du Collectif Das Plateau (Maylis Riccordeau et Céleste Germe) à participer au festival La Beauté du Geste organisé en avril 2024 par le Théâtre Brétigny, en Essonne. Il nous était demandé de fabriquer une carte blanche autour du geste (justement) d’une habitante essonnienne, Valérie, qui s’avérait être gynécologue. Je l’ai interviewée, ainsi que d’autres soignantes, pour écrire le texte. L’une des questions que je leur ai posée était « Avez-vous une figure d’inspiration ? », ce à quoi Valérie a répondu Rebecca Gomperts et son combat en faveur du droit à l’avortement. Ainsi, la première image a été le bateau de Women on Waves.

– Qu’est-ce qui te met en mouvement aujourd’hui, dans ta pratique artistique ?

Aujourd’hui, pour écrire un spectacle, j’aime partir de ce que les gens ont a dire de leur vie, leur métier etc. Par exemple en les sollicitant en amont par le bais d’entretiens et d’exercices d’écriture.

– Y a-t-il des lieux qui t’inspirent ou qui influencent ta création ? Si oui, pourquoi et comment ?

Quand je vais à un concert, je me dis souvent que j’aimerais bien qu’on vive la même exaltation au théâtre.

– As-tu déjà créé des formats de spectacles/rencontres en dehors d’un théâtre ?
Si oui, en quoi ces propositions “hors les murs” transforment-elles ta manière de créer ?


The Aborrrtion Ship a joué en centre social, dans des classes de lycées ainsi qu’en maison d’arrêt pour femmes. On l’avait créée pour qu’il puisse jouer partout avec une scénographie et une technique « légères ». Je mets des guillemets parce qu’il s’avère que le spectacle est pas si léger en technique et qu’il y a pu avoir un petit stress au moment du montage
lorsqu’on était pas accompagnées par un théâtre. Je pense que ça force à se poser la question de l’adresse, à qui tu parles, est-ce que le texte, l’histoire et le jeu peuvent tenir sans trop d’effets théâtraux, de quoi on a besoin pour y croire. Ça change aussi le jeu pour Juliette. Par exemple, lors d’une représentation en Maison d’arrêt, une spectatrice répondait systématiquement à Juliette qui s’adresse beaucoup au public, au « tu » ou en posant des questions sauf que ce n’est pas du tout un spectacle participatif. Je pense que dans une salle dite « boîte noire », dans un théâtre, le public se serait senti moins invité à interagir avec Juliette.
Aussi, à côté de Stadios, Juliette et moi faisons partie du Festival Bataille, un festival de théâtre en plein air en Touraine. On joue nos spectacles dans un parc, au cœur de la commune de Saint-Paterne-Racan, alors ça conditionne forcément notre manière de raconter des histoires.

– Si ce spectacle était un déplacement, d’où partirait-on et où arriverait-on ?

On partirait d’un bureau, à l’hôpital, on sortirait dans les couloirs, on descendrait les escaliers, traverserait le parking puis avancerait jusqu’au port pour monter sur le bateau de Women on Waves. Le déplacement est super important dans le spectacle parce qu’au coeur de la lutte pour le droit à l’IVG : les femmes se déplacent en Europe, et ailleurs, pour accéder aux soins ; les militantes du MLAC comme de Women on Waves dépassent, détournent les frontières ; les Riot Grrrls ouvrent des brèches dans l’espace pour faire leur musique, se faire entendre, exister.

– Qu’est-ce que t’évoque l’expression suivante : Inventer (des) ailleurs ?

Je suis super admirative de toutes ces personnes qui inventent des systèmes de solidarité, qui luttent, qui créent des espaces alors que peu de choses le facilite ou l’encourage.

– Quelle(s) œuvre(s) (musicale, littéraire, cinématographique) pourrai(en)t accompagner l’univers du spectacle ?

Il y en a beaucoup, parce que ce spectacle est un collage de plein d’influences, travaux et œuvres de femmes. Le documentaire Vessel de Diana Whitten qui retrace le parcours de l’ONG Women on Waves. Le film Annie colère de Blandine Lenoir. Les discographies de Bikini Kill, Amyl and the Sniffers et Peaches. Et les travaux de Manon Labry et Mathilde Carton sur les Riot Grrrls, et de Lucile Ruault sur le MLAC.