Rencontre avec Cédric Cherdel


Cédric Cherdel développe un projet artistique singulier et protéiforme s’inspirant du cinéma, de la danse contemporaine et des fêtes traditionnelles européennes. Formé au cinéma à l’Université de Montpellier puis aux Arts du spectacle à Tours. Il poursuit sa formation de danseur au CCN de Rillieux-la-Pape aux côtés de Maguy Marin, puis au CNDC d’Angers sous la direction d’Emmanuelle Huynh.
En 2014, suite à sa rencontre avec le chorégraphe Min Tanaka, il se forme au Reiki et au massage thaïlandais. Installé à Nantes, il fonde l’association UNCANNY qui deviendra en 2025 ULTRA cie et crée depuis 2014 des œuvres sensibles et engagées. Artiste associé de MDLA 2020-21 et lauréat du dispositif 2020 TRIO, il développe également des projets pédagogiques innovants fondés sur les méthodes d’éducation active.

© Mihai Peter

Trois rencontres improbables qui m’ont permis de découvrir un endroit où plusieurs mondes ont décidé de partager le même feu.

 Comment est né ce projet ? 

Jouer l’ours est né de trois rencontres fortuites : l’une avec une anthropologue bavarde et généreuse, l’autre avec une fête païenne colorée et sauvage, la dernière avec l’ours, un animal aussi fascinant que dangereux. Trois rencontres improbables qui m’ont permis de découvrir un endroit où plusieurs mondes ont décidé de partager le même feu.

Quel a été le premier geste, la première image ou intuition à son origine ?

Une grande envie d’aventure et un certain manque de rationalisme. Le besoin de respecter son instinct et la sensation qu’un pas de côté permet d’apercevoir un monde qui a toujours davantage à offrir : un monde plus beau, plus mystérieux. Je dirais alors que le premier geste fut celui de marcher avec insouciance vers la beauté, sans savoir exactement où elle se trouvait.

Qu’est-ce qui te met en mouvement aujourd’hui, dans ta pratique artistique ?

En ce moment, indéniablement Vestale d’Irène Drésel. Une musique dont la pulsation fait naître en moi des paysages de sensations et impose une vibration capable de remettre du mouvement là où tout semblait figé. Une œuvre qui trouve un équilibre entre tradition et modernité et nourrit mon imaginaire.

Y a-t-il des lieux qui t’inspirent ou qui influencent ta création ? Si oui, pourquoi et comment ? 

Les couchers de soleil en Roumanie — incandescents. Ils témoignent des forces invisibles qui nous entourent et qui ont fait naître les récits et les désirs, les créatures, les croyances et les superstitions des Carpates. Dans cet espace, le réel et l’imaginaire, le visible et l’invisible continuent de cohabiter et de dialoguer.

As-tu déjà créé des formats de spectacles/rencontres en dehors d’un théâtre ? 
Si oui, en quoi ces propositions “hors les murs” transforment-elles ta manière de créer ? 

Chaque nouvelle création commence pour moi par une question : quel training pour quelle performance ? Ce processus se réinvente à chaque projet et détermine en grande partie ses enjeux esthétiques. Ce n’est donc pas le « hors les murs » qui s’impose d’emblée, mais la recherche d’un imaginaire capable de faire naître un espace de jeu. Que ce soit sur un plateau, dans une forêt ou ailleurs, chaque création doit inventer les conditions de son propre terrain artistique.

Si ce spectacle était un déplacement, d’où partirait-on et où arriverait-on ?

Nous prendrions nos sacs à dos et y glisserions nos utopies. Nous partirions vers de grandes forêts, au milieu de montagnes encore inhabitées par l’homme. Des montagnes sans sentiers, où les bois épais recouvrent encore les flancs du monde. Des forêts partagées avec d’autres formes de vie, des forêts qui exigent d’être attentif à ce qui nous entoure. Un long voyage à travers les arbres, jusqu’à ce que nos doutes, nos peurs s’épuisent et se transforment peu à peu en petits bonheurs.

Qu’est-ce que t’évoque l’expression suivante : Inventer (des) ailleurs ?

Cela ressemble à une vieille idée gauchiste, et pourtant elle me paraît aujourd’hui plus nécessaire que jamais. Inventer des ailleurs, même maladroitement, c’est maintenir ouverte la possibilité qu’une autre manière d’habiter le monde existe, et qu’une justice écologique puisse enfin trouver sa place. Inventer ici & ailleurs devient une urgence qui doit commencer par se transformer nous-mêmes.

Quelle(s) œuvre(s) (musicale, littéraire, cinématographique) pourrai(en)t accompagner l’univers du spectacle ?

Ce serait plutôt une situation, un moment de vie.  Être au marché d’Obor, à Bucarest. Observer les habitants et les mille situations qui s’y enchevêtrent. Éntendre depuis le vieux poste de radio, Izvorul Nopții de Florin Bogardo. Manger des mici (petite saucisse) encore brûlantes avec de la moutarde. Profiter de tous ces petits spectacles que le quotidien offre.