Rencontre avec Sara Charrier



Titulaire d’une licence de Lettres Modernes parcours théâtre, Sara Charrier se forme d’abord à l’art dramatique à l’Université de Nantes. Après avoir passé deux mois au Théâtre du Soleil sur le tournage des Naufragés du fol espoir, elle poursuit pendant quatre ans sa formation en art dramatique aux conservatoires d’Angers et de Nantes avec Emilie Beauvais et Philippe Vallepin. Elle intègre ensuite la Classe Labo des Chantiers Nomades et du conservatoire de Toulouse. Durant sa formation, elle travaille sur le seule en scène et creuse le rapport au comique et aux figures du clown avec la performeuse Esperanza Lopez. De nouveau avec Emmanuel Vérité, elle travaille sur le personnage solo comme alter-ego. Puis, elle continue cette recherche à travers un stage afdas intitulé « seul(e) et drôle » avec François Rollin et Laureline Kruntz, deux humoristes français qui travaillent sur le one-woman-show, comment faire rire toutes les minutes, les procédés, l’importance du rythme. Elle participe à la tournée « Molière de tout le monde » avec Gwenaël Morin au Théâtre Sorano et dans la région occitanie dans le Tartuffe. Elle joue dans la pièce de Philippe Dorin, En attendant le Petit Poucet mise en scène par Sylviane Fortuny. Elle est ensuite comédienne dans la cie Ah!Le destin dans Marie Tudor de Victor Hugo, mise en scène par Clémence Labatut. Elle est actrice dans le film Les Vacances c’est la liberté de Yuna Alonzo (production le G.R.E.C Paris). Elle est interprète dans Ultra Moderne Solitude, création originale, cie le Club dramatique (2017) et dans La Ferme des animaux, G.Orwell, cie La Fleur du Boucan et dans La nuit se lève, création originale, cie Les Palpitantes, mise en scène Mélissa Zehner. 

J’aime beaucoup croisé des univers qui n’ont a priori rien en commun.
Signe de la rupture qui a eu lieu à partir de mon départ en milieu urbain.

– Comment est né ce projet ? Quel a été le premier geste, la première image ou intuition à son origine ?

Il y a 10 ans, j’avais écrit une charte pour moi-même : tu relèveras un défi – être seule sur scène pendant 1h – être drôle, seule et drôle. Tu auras jusqu’à tes 35 ans pour le faire.  Je dirais que le premier geste, c’était l’observation de ma famille et l’enquête auprès d’elle. Puis, très vite, un geste physique, c’est par l’imitation de ses corps dont je me suis tant imprégnée pendant 18 ans que j’ai trouvé l’angle de mon projet.  

– Qu’est-ce qui te met en mouvement aujourd’hui, dans ta pratique artistique ? 

L’observation et l’envie de rendre visible des corps ou des pensées souvent tues ou mise de côté. Le jeu aussi. La joie de transmettre un plaisir de jeu, de revendiquer un théâtre populaire et accessible sur des scènes de théâtre public. 

– Y a-t-il des lieux qui t’inspirent ou qui influencent ta création ? Si oui, pourquoi et comment ? 

Oui plusieurs. Très différents et c’est ça qui me plait. Par exemple, la cuisine de la maison de famille à la ferme chez mes parents. Les lieux de lutte queer à Paris. Les bar lesbiens. Les lieux de danses de nuit. Les petites églises de village de Vendée. Les grandes salle polyvalente avec du carrelage et des chaises en plastique dur.  Tous ces lieux m’inspirent parce qu’ils me composent ou ont composé mon identité. J’aime beaucoup croisé des univers qui n’ont a priori rien en commun. Signe de la rupture qui a eu lieu à partir de mon départ en milieu urbain. 

– As-tu déjà créé des formats de spectacles/rencontres en dehors d’un théâtre ?  Si oui, en quoi ces propositions “hors les murs” transforment-elles ta manière de créer ? 

Nous avions crée un spectacle suite à une commande d’un théâtre à Toulouse. C’était un spectacle autour de Molière, une écriture de plateau. Il était prévu qu’il soit joué en salle équipée à la base et nous l’avons exporté en format tout terrain dans des salles polyvalentes avec juste 3 prises électriques et j’ai trouvé ça assez beau de pouvoir ramener un peu de théâtre dans des salles habitées habituellement par les concours de belote et la fête du Père Noël. Parfois certaines avaient l’habitude de recevoir du théâtre mais d’autres non et c’était souvent de beaux moments d’échange, parfois plus confrontant mais comme mes obsessions dans la création sont essentiellement basées sur la recherche du lien avec un public populaire ou non initié, ça m’intéresse toujours de me confronter à tout ça. Je me reconnaissais bien dans certaines personnes du public quand j’étais à la fin de l’adolescence et je détestais la plupart des pièces de théâtre. D’un point de vue plus pratique, quand le spectacle est prévu à la base de la création comme un projet hors les murs alors oui ça transforme la manière de penser l’espace essentiellement et le rapport aux spectateur·ices je dirais. Une recherche d’économie de moyen, dans ce cas il faut axer le projet sur le jeu, la fable, une actrice et une histoire.

– Si ce spectacle était un déplacement, d’où partirait-on et où arriverait-on ? 

On partirait de dans une ferme de Saint-Malô-du-Bois, dans le bocage, en Vendée et on arriverait au théâtre à Toulouse.

– Qu’est-ce que t’évoque l’expression suivante : Inventer (des) ailleurs ?

Des espaces alternatifs ? Avec une autre manière de penser les choses ? Des espaces en dehors de la norme ?

– Quelle(s) œuvre(s) (musicale, littéraire, cinématographique) pourrai(en)t accompagner l’univers du spectacle ?

– Littérature : 
Ascendant boeuf, Rose Lamy
Trahir et venger, Laélia Véron et Karine Abiven
Péquenaude, Juliette Rousseau
Mon corps de ferme, Aurélie Olliver
Edouard Louis et Didier Eribon (Retour à Reims et En finir avec Eddy Bellegueule)
– Stand-up – TV :
Nanette,  Hannah Gadsby
Shirley Soignon
Yolande Moreau
– Photographie / performance :
Damien Rouxel 
Cyndi Sherman
Raymond Depardon
Marie-Hélène Lafon, Paysannes
– BD : Étienne Davodeau
– Musique : Ave Maria de Beyoncé