Massimo Fusco est à la fois chorégraphe, danseur et masseur. Grâce à des expériences riches et multiples, il investit pleinement le paysage chorégraphique français. La transversalité de ses pratiques corporelles ouvrent un champ d’actions possibles pour développer ses projets artistiques au sein l’association CORPS MAGNÉTIQUES.

J’aime beaucoup penser que la chorégraphie c’est l’art d’écrire le lien, notamment le lien entre nous et le lien du mouvement entre nous.
– Comment sont nés ces projets ? Quel a été le premier geste, la première image ou intuition à leurs origines ?
Les deux projets sont nés de souvenirs d’enfance. J’ai souhaité créer la compagnie Corps Magnétiques en voulant croiser le massage et la danse qui étaient mes deux pratiques. Corps sonores, c’est né de l’envie de croiser ces deux disciplines autour du corps, et de les faire exister dans une installation sonore, visuelle et chorégraphique. Faut savoir que je pratiquais le massage dès mon plus jeune âge avec mon père, qui lui pratiquait un art martial. Dans cette technique d’art martial, la préparation consistait en des auto-massages. Plus tard, j’ai souhaité me former en tant que masseur tuina et c’est à ce moment-là que j’ai voulu créer un spectacle autour de ces deux pratiques corporelles que sont la danse et le massage.
Le Bal Magnétique est né d’un autre souvenir d’enfance puisque mes parents sont professeurs de danse de salon bénévoles depuis plus de 30 ans. Je les ai accompagnés tous les soirs dans des soirées dansantes et dans des cours.
J’ai toujours été baigné dans l’univers des bals et des soirées dansantes. Donc l’idée pour moi était de rendre hommage à ces danses de couples, et de porter un regard actuel aussi sur les danses qui ont marqué mon enfance.
– Qu’est-ce qui te met en mouvement aujourd’hui, dans ta pratique artistique ?
Je dirais que c’est me connecter aux autres. J’aime beaucoup penser que la chorégraphie c’est l’art d’écrire le lien, notamment le lien entre nous et le lien du mouvement entre nous. Et du coup ce qui me plait c’est me connecter aux autres dans la rencontre de nos différences, aussi pour faire émerger des formes à la croisée de différentes disciplines : les arts visuels, les arts sonores et le mouvement, la danse.
– Y a-t-il des lieux qui t’inspirent ou qui influencent ta création ? Si oui, pourquoi et comment ?
Les lieux qui m’inspirent sont les lieux chargés d’histoire, les lieux historiques comme les centres médico-sociaux qui sont tout autant marqués par les personnes qui les traversent. Ce sont ces histoires et ces personne qui m’inspirent dans nos créations car nous avons à coeur, dans la compagnie Corps Magnétiques, de travailler un axe art, soin et société. D’où le fait d’aller régulièrement dans des centres médico-sociaux ou dans des lieux historiques ou dans tout type de lieux en résidence de création pour créer ces spectacles et pour les redonner dans ces lieux.
– As-tu déjà créé des formats de spectacles/rencontres en dehors d’un théâtre ?
Oui, tous nos projets sont nés du croisement des disciplines et s’adaptent en intérieur comme en extérieur pour aller à la rencontre des publics, et de tous les publics, qu’on soit porteur·euse de handicap ou non. Comme je le précisais juste avant, on crée des spectacles aussi dans des centres médico-sociaux pour pouvoir y jouer. Ça peut être des EHPAD, des IME (Institut Médico-Éducatif), et tous types de centre médico-social. Ce qui m’intéresse c’est, à chaque fois, d’essayer de créer pour et avec les personnes que l’on rencontre. Ça nous a permis de créer le spectacle en lien avec des personnes âgées dans des EHPAD, en lien avec des associations de personnes aveugles ou semi-voyantes, en lien avec des personnes sourdes ou semi-entendantes. C’est pour ça que le Bal Magnétique, dans cet axe art, soin et société, on a voulu le développer dans un sens d’hospitalité. Tout le monde est le bienvenu dans ce projet, qu’on soit porteur·euse de handicap ou non, qu’on ait 7 ou 107 ans, il a quelque chose de très hospitalier dans l’accueil.
– Si oui, en quoi ces propositions “hors les murs” transforment-elles ta manière de créer ?
Par exemple, sur ces 5 semaines de résidence autour du Bal Magnétique, il y a la scénographie qui a été augmentée pour en faire un kit sensoriel et pour pouvoir justement que ce spectacle puisse s’adapter à tous type de public avec tous types de besoins.
Dans le kit sensoriel on va retrouvé aussi bien une chaise rebondissante crée par Smarin, la designeuse avec laquelle je travaille qui a crée la scénographie du spectacle. Cette chaise rebondissante permet à des personnes âgées sujettes aux vertiges ou des personnes qui ne pourraient pas forcément marcher et danser debout, de pouvoir prendre le même plaisir mais danser assis·e, avec une chaise qui leur permette d’augmenter leurs mouvements et leur capacité à danser sur le rythme de la musique.
Autrement, fort de cette rencontre avec des personnes sourdes et malentendantes, le spectacle est traduit en LSF (langue des signes française) par Lola, une des interprètes danseuse, qui signe également en LSF.
Il y a aussi pour les personnes aveugles ou semi-voyantes une pastille sonore qui est diffusée, un peu comme une audio-description mais peut-être avec beaucoup plus de libertés, plus poétique aussi, où les voix des danseuses accompagnent leurs gestes. Elles nomment les intentions chorégraphiques qu’il y a derrière leurs gestes. C’est pensé pour le public qui ne voit pas la première partie du spectacle qui se déroule devant eux. Ça permet d’être pleinement connecté aux gestes des interprètes au plateau.
Voilà trois exemples de comment on s’influence dans ces lieux qui nous inspirent.
– Si ces spectacles étaient un/des déplacement(s), d’où partirait-on et où arriverait-on ?
Difficile pour moi de répondre à cette question parce que justement les spectacles que je propose laissent un large choix aux spectateur·ices. Dans Corps sonores, il y a le choix de traverser sa propre expérience avec un casque audio pour y entendre des histoires de corps ou bien de laisser le casque de côté pour entendre plutôt la partie composition musicale crée par Vanessa Court. Il y a le choix de s’asseoir ou de s’allonger, de rentrer dans le dispositif, de se mettre à l’aise comme on le souhaite. Il y a le choix aussi de poursuivre l’accompagnement audio par une danse ou un massage relaxant. Il y a tellement de possibilités qui sont ouvertes que chacun·e traverse cette expérience un petit peu comme iel le souhaite. Donc difficile pour moi de savoir quel chemin on va faire exactement. Par contre, ce qui est sûr, c’est que l’idée du choix et du libre arbitre des spectateur·ices est super important. Tout comme à un moment donné dans le Bal magnétique, à la fin du tour de danse, qui est le moment spectaculaire du début du bal, on tend une main vers le public et libre à chacun·e de la saisir pour venir nous rejoindre sur la piste de danse.
– Qu’est-ce que t’évoque l’expression suivante : Inventer (des) ailleurs ?
Pour moi ça m’évoque ouvrir des portes vers des imaginaires poétiques et sensibles pour se reconnecter à soi.
Et c’est peut-être le même mouvement de déplacement de partir pour arriver quelque part. J’ai l’impression que finalement, est-ce que ces voyages nous ramènent pas un petit peu d’espaces sensibles pour mieux reconnecter son rapport à soi et au monde quelque part ?
– Quelle(s) œuvre(s) (musicale, littéraire, cinématographique) pourrai(en)t accompagner l’univers du spectacle ?
Pour le Bal magnétique, en cinématographique il y en a trois principales :
– Le Bal de Ettore Scola
– Le Grand Bal de Laetitia Carton
– Dans les bals populaires de Yann Coquart, un documentaire.
En terme de livres, il y a :
– Danser à Paris dans l’entre-deux-guerres. Lieux, pratiques et imaginaires des danses de société des Amériques (1919-1939) de Sophie Jacotot, la personne qui m’a assistée dans cette création.
– Vous n’irez plus danser ! Les bals clandestins de 1939-1945. Édition Ouest-France.
– Le Bal des folles de Victoria Mas. Édition Albin Michel.
Pour Corps sonores, dans les livres il y a :
– La peau et la trace. Sur les blessures de soi de David Le Breton.
– Spinoza avait raison. Le cerveau de la joie, de la tristesse et des émotions. d’Antonio Damasio.
Il y a aussi une rencontre avec l’univers de Stéphanie Marin, la conceptrice du studio de design Smarin. C’est grâce à cette rencontre qu’on a réussi à matérialiser l’île de coussins-galets pour Corps sonores.