Tout juste diplômée du Conservatoire de Nantes, où Manon Geoffroy a suivi quatre années de formation, elle a été profondément marquée par des rencontres comme celles avec Émilie Beauvais, Anne Rauturier, Pauline Bourse, Catherine Germain, Clémence Jeanguillaume, Lionel Dray, Stéphane Auvray-Nauroy… En parallèle, elle a développé un goût prononcé pour la mise en scène, s’intéressant particulièrement à des écritures brutes, franches et irrévérencieuses. Elle aime le travail manuel, la poterie et le contact avec la matière, en s’intéressant notamment aux formes pluridisciplinaires. Aujourd’hui, elle joue dans le spectacle tout terrain On ne badine toujours pas avec l’amour mis en scène par Marion Thomas. Elle co-dirige la compagnie le Foutoir où elle crée son premier spectacle Putain de route de campagne de Nadège Prugnard.
Après une licence de géographie à Lyon, Victor Dervaux rejoint l’école du Théâtre de l’Iris à Villeurbanne. En 2022, il intègre la CPES du Conservatoire de Nantes, où les rencontres font naître les premières idées de compagnie. Pendant sa formation, son parcours est particulièrement marqué par des intervenant.es comme Catherine Germain, Alexandre del Perrugia, Émilie Beauvais et la compagnie La vie brève. En 2023, il participe à la création de la compagnie Le Foutoir. Acteur, musicien et compositeur, il se plaît à naviguer entre les genres. Aujourd’hui, il joue dans le spectacle On ne badine toujours pas avec l’amour de Marion Thomas.

– Comment est né ce projet ?
Victor : Le projet prend sa source dans le dispositif Envol. Envol, c’est un partenariat entre le conservatoire de Nantes et le TU-Nantes qui propose chaque année à deux comédien·nes sortant·es du conservatoire de rencontrer un·e artiste nantais·e pour monter une forme tout public.
Manon : Ce projet est né en 2024, quand Marion Thomas a eu envie de mettre les mains dans des problématiques d’amour et de rapports de classe à travers un texte que les lycéen·nes des quatre prochaines années allaient tous·tes lire : On ne badine pas avec l’amour de Musset. Avec Victor Dervaux, nous étions en année d’Envol, un partenariat entre le Conservatoire de Nantes et le TU. Ce spectacle était l’occasion de goûter à une première expérience professionnelle.
– Qu’est-ce qui vous met en mouvement aujourd’hui, dans votre pratique artistique ?
V : Aujourd’hui, ce qui m’agite, me titille, me met en mouvement dans ma pratique artistique, c’est la rencontre. Croiser les disciplines, croiser les humanités, brasser les pratiques et les points de vue est au centre de ce qui me nourrit.
– Y a-t-il des lieux qui vous inspirent ou qui influencent votre création ? Si oui, pourquoi et comment ?
V : Parmi les espaces qui inspirent ma création, celui qui me semble le plus important, c’est celui de l’intime. C’est comment la petite histoire nous raconte la grande, comment ce qu’on cache, dissimule, nous parle de ce qui est au plus profond de nous, universellement. J’aime partir de ça au plateau, sans pour autant faire du récit intimiste un cheval de bataille, mais comme un point de départ pour parler de ce qui nous traverse toutes et tous.
M : Honnêtement, non. Je ne suis pas très attachée aux lieux. Par contre, je crois à ces endroits de niche intime : mes lieux d’amour, de révolte, d’amitié, de famille. Tous ces endroits qui sont en fait des personnes, des moments, des mots, des sensations innommables. Comme je suis le résultat de toutes ces niches bien nichées au creux de moi, elles me constituent. Alors, sûrement que lorsque je joue On ne badine toujours pas avec l’amour, je suis teintée d’elles.
– As-tu déjà joué ou créé des formats de spectacles/rencontres en dehors d’un théâtre ?
V : Oui ! Avec la compagnie Le Foutoir (que je co-dirige avec Léo Moussu et Manon Geffroy), on a monté Casey & Amour, une forme éclatante qui joue autour et dans une Peugeot 406 ; avec la compagnie du Théâtre Clandestin, dans la pièce Mon ami le banc, un jeune public qui joue autour et dans une caravane ; et puis bien sûr dans On ne badine toujours pas avec l’amour !
– Si oui, en quoi ces propositions “hors les murs” transforment-elles votre manière de pratiquer, de créer ?
V : Jouer pour l’extérieur, c’est décaler son rapport au public. Son attention n’est pas acquise, le lien qu’on tisse avec lui est aussi direct qu’il est fragile. Créer pour l’espace public oblige à adapter le rythme : il doit être suffisamment solide pour pouvoir lutter contre les éléments ! Un chien qui passe, une sirène qui retentit, un enfant qui s’empare d’un élément de scénographie, le vent, la pluie, bref, tout peut jouer avec ou contre nous !
M : Le théâtre devient très concret. Il sort de ma tête, de l’intellect, et vient me heurter sensuellement. Quand je dis « sensuellement », je le rapporte à ce qui est propre aux sens, à la sensation : je vois des humain·es, parfois je peux même les sentir s’iels sont proches, j’entends le vent, les bébés qui pleurent, les chuchotements au creux des oreilles, et je sens l’herbe sous mes pieds. Je suis obligée de composer avec toutes ces choses qui m’arrivent. C’est très concret et cela me fait toujours beaucoup de bien. J’ai l’impression d’être dans un condensé de vie +++.
– Si ce spectacle était un déplacement, d’où partirait-on et où arriverait-on ?
V : Si ce spectacle était un déplacement, je dirais qu’il partirait d’un couvent ou d’un château, un lieu de fantasmes amoureux, d’éducation sentimentale, de rôles sociaux imposés, pour arriver dans un abribus, un espace plus concret où les personnages comprennent que l’amour n’est pas un conte de fées.
M : On partirait d’un endroit où il fait froid, sec, presque sombre, comme une aurore d’hiver lorsque la ville n’est pas encore réveillée. On irait vers une sensation : celle d’une grande chaleur, de paumes humides qui se serrent.
– Qu’est-ce que vous évoque l’expression suivante : Inventer (des) ailleurs ?
M : Inventer des ailleurs, ça m’évoque le surgissement dans l’immobilité, l’altérité. Chaque rencontre a le pouvoir d’ouvrir un autre part. Inventer des ailleurs, ce n’est peut-être pas tant fabriquer quelque chose de nouveau que rester disponible à ce qui pourrait advenir, nous faire déborder et donc transformer notre façon d’habiter le monde.
– Quelle(s) œuvre(s) (musicale, littéraire, cinématographique) pourrai(en)t accompagner l’univers du spectacle ?
V : Tous les films de vampires qui tombent amoureux de vampires. Toutes les chansons d’amour, même les plus mielleuses, qu’on écoute en pleurant après s’être fait larguer. Et Titanic.
M : Portrait de la jeune fille en feu – Céline Sciamma
On souffre à deux – Mauvaise Bouche