Elle se forme au Conservatoire de Nantes en 2015, puis à l’École du Théâtre National de Strasbourg en 2017 (Groupe 45). Elle y travaille avec des auteur.e.s, metteur.e.s en scène, acteur.ice.s et chorégraphes tels que Valérie Dréville, Julien Gosselin, Mathilde Monnier, Thomas Jolly, Stanislas Nordey, Laurent Poitrenaux, Loïc Touzé et Dominique Valadié. Depuis 2020, elle est comédienne au théâtre dans des mises en scène de Julien Gosselin (Dekalog), Eddy d’Aranjo (Après Jean-Luc Godard, Je me laisse envahir par le Vietnam), Daphnée Biiga Nwanak et Baudouin Whoel (Lecture Américaine), Mathilde Waeber (Romance), Sylvain Creuzevault (Les Conseil Arlequins), Youssouf Abi-Ayad (Rêver Molière), Matthieu Cruciani (Les adultes n’existent pas), Émilie Capliez (Des femmes qui nagent), Sylvain Levey (Ouasmok ?), Lena Paugam (Octave, ou la tyrannie sentimentale) et Joachim Latarjet (La Petite Tuk). Elle a également été artiste permanente dans la jeune troupe des CDN de la Comédie de Colmar et de la Comédie de Reims durant deux ans. Elle y a pratiqué le travail en itinérance, les relations avec différents public et les ateliers en milieu scolaire. En 2024, elle créé sa compagnie Du bois pour le feu à Strasbourg. Elle travaille à l’écriture et à la conception de sa première pièce : Afropéennes – une histoire de famille. Elle continue son travail d’interprète sur les années à venir en faisant partie de deux nouvelles créations : Une bouche dans la nuit de Lucie Monziès, et 7 minutes de Maëlle Poesy.

Le fait de créer mon projet de mise en scène
me fait me sentir très vivante.
– Comment est né ce projet ? Quel a été le premier geste, la première image ou intuition à son origine ?
Ce projet a officiellement commencé en 2024 mais son point de départ remonte beaucoup plus loin dans le temps. Pour moi, un projet c’est une chose qu’on porte en soi depuis longtemps. En l’occurence, cette création mélange beaucoup d’intuitions que j’ai accumulées depuis 10 ans. En 2017, au Conservatoire de Nantes, je faisais un montage de textes de Léonora Miano et d’Aimé Césaire pour mon diplôme de fin d’année. Plus tard en 2022, je montais une carte blanche sur le texte Tombeau de Léonora Miano dans Red In blue Trilogie à La Comédie CDN de Reims. Plus tard encore en 2023, je lisais le texte Afropea – utopie post-occidentale et post-raciste de Léonora Miano et je me suis dit que je pouvais partir de mon histoire pour écrire une pièce de théâtre. J’ai alors récupéré des photographies de famille chez mon père et je me suis mise à écrire. Le premier geste a donc été celui de l’écriture. Une photographie a été présente dès le début : celle de ma grand-mère ivoirienne Léa, qui est encore aujourd’hui un fil rouge du spectacle.
– Qu’est-ce qui te met en mouvement aujourd’hui, dans ta pratique artistique ?
Beaucoup de choses. Le fait de créer mon projet de mise en scène me fait me sentir très vivante. Je pense aussi au corps et à la danse. Je suis une actrice physique : le rapport au corps, à l’ampleur et à la théâtralité qu’il engage sont importants pour moi.
– Y a-t-il des lieux qui t’inspirent ou qui influencent ta création ? Si oui, pourquoi et comment ?
Pour ce texte, c’est ma maison d’enfance. Elle se situait dans une campagne paumée en Loire-Atlantique. Elle m’a vue vivre des moments de joie, de peine et de déception. Elle a été le paysage mémoriel qui m’a aidé à écrire.
– As-tu déjà créé des formats de spectacles/rencontres en dehors d’un théâtre ?
Non, parce que ce n’est pas mon endroit pour l’instant. J’ai besoin de la boîte noire et de la machinerie théâtrale qui me permettent d’assumer un geste poétique réalisé dans le silence et l’écoute des spectateur.ice.s.
– Si ce spectacle était un déplacement, d’où partirait-on et où arriverait-on ?
Très simple : on partirait de Guenrouët, la campagne dans laquelle j’ai grandi (en France) et on irait à Daloa, la ville natale de mon père (en Côte d’Ivoire).
– Qu’est-ce que t’évoque l’expression suivante : Inventer (des) ailleurs ?
Au début du spectacle, la culture française prédomine dans le récit tandis que la culture ivoirienne apparaît par bribes. Plus on avance dans l’histoire, plus la culture ivoirienne se révèle et prend sa place et son ampleur. Il est pour moi nécessaire d’amener de la pluralité au plateau, de trouver des ponts entre ces deux cultures, ces deux territoires qui me sont chers. Je crée alors, avec l’aide de la scénographie, du son et des lumières, cet appel vers l’ailleurs, vers cette autre terre.
– Quelle(s) oeuvre(s) (musicale, littéraire, cinématographique) pourrait accompagner l’univers du spectacle ?
Littéraire : Afropea – utopie post-occidentale et post-raciste de Léonora Miano, Vivre Libre d’Amandine Gay, La parole aux négresses d’Awa Thiam.
Musicale : le groupe du musicien du spectacle Sorie Bangura : Bangsana.
Cinématographique : les films de Mati Diop, notamment Atlantique, et Saint Omer d’Alice Diop.