Après plus de trois ans en tournée avec le duo Labotanique (Fair 2020, France Inter, Nova, Telerama), la réalisation d’une installation sonore immersive dans la serre tropicale du Jardin des Plantes de Nantes Le Chant du Palmarium (Le Voyage à Nantes en Hiver), et la composition de sa première bande originale pour France 3 (Fabrice Hyper, À main levée), Thomas Cochini, compositeur et ingénieur agronome, entame un nouveau chapitre sous l’alias Tomkin.
Aussi bien inspiré par les pionniers du field recording (Bernie Krause, Chris Watson, Viktor Knudd) que des artistes contemporains (Rone, Yosi Horikawa, Molecule), il fusionne audio-naturalisme et musiques électroniques pour créer un univers musical organique, contemplatif et dansant au service d’une sensibilisation aux mondes vivants, Sampling the living.

Quand je pense au mot “vivant”, j’entends d’abord “vibrant”.
– C’est quoi “Tomkin” ?
Tomkin est un surnom russe hérité de ma mère. C’est aussi le nom de mon projet solo mêlant enregistrements du vivant, piano et machines électroniques. Inspiré à la fois par les pionniers du field recording et par la scène électronique contemporaine, Tomkin est un terrain d’expérimentations sonores, parfois contemplatif, parfois dansant, toujours au service d’une découverte sensible du vivant.
– Qu’est-ce qui t’a poussé à créer Oreilles augmentées et Sampling the living?
Sampling the living est le projet de disque sur lequel je travaille, ainsi que la forme concert associée, jouée en salle ou en milieu naturel. Oreilles augmentées prend la forme d’une balade sonore commentée, plus pédagogique, centrée sur les pratiques et outils de l’audio-naturalisme.
Ces deux propositions sont issues de résidences de collectage sonore menées dans des espaces de nature de l’agglomération nantaise, durant lesquelles j’ai pu capter de nombreuses présences sauvages non humaines, parfois invisibles ou inaudibles : larves de moustiques, épines de cactus, tremblements des arbres, batailles d’oiseaux.
Derrière ces projets, mon intention est simple : faire prendre conscience de la diversité des vivants qui nous entourent, sans voyager à l’autre bout du monde, simplement en accordant nos oreilles à notre environnement. Il s’agit aussi de percevoir nos propres pollutions sonores humaines, et surtout de partager un émerveillement accessible à toutes et tous.
– Cette année, le festival Idéal invite à se décentrer pour repenser notre regard sur le vivant. Quand tu entends ce mot, à quoi penses-tu ?
Quand je pense au mot “vivant”, j’entends d’abord “vibrant”. La vibration est l’un des facteurs les plus universels pour se comprendre. Des recherches récentes ont par exemple mis en évidence la stimulation de la croissance végétale par la diffusion de séquences sonores précises. Une preuve que la vibration nous relie, malgré nos altérités radicales.
Je pense aussi aux formes de vie invisibles, furtives, discrètes, qui vivent en creux de notre société anthropocentrée. Le “vivant” évoque pour moi ce foisonnement permanent qui échappe à nos logiques de standardisation.
– Pour toi, le vivant est-il fragile ou puissant ?
Le vivant est puissant. Il était là bien avant les humains et demeurera après nous. Cela ne doit pourtant pas nous mener à la résignation. Au contraire, il faut entrer en résistance, créer du contact avec ce qui nous entoure, inventer des récits, des langages et des modes d’existence pour mieux le préserver.
– Une lecture, un film ou une œuvre qui a nourri ta réflexion ?
Je recommande vivement les livres de la collection Mondes sauvages chez Actes Sud. Ils nourrissent profondément mes recherches musicales et sonores. Autobiographie d’un poulpe de Vinciane Despret m’a particulièrement marqué par l’imaginaire qu’il déploie en mêlant récits scientifiques et fictionnels, et par la manière dont il déplace notre rapport au vivant.
Enfin, je conseille vivement d’aller voir Le Chant des Forêts de Vincent Munier, récompensé notamment par le César du meilleur documentaire et du meilleur son. C’est un film que l’on peut presque écouter les yeux fermés, grâce aux prises de son audio-naturalistes de Marc Namblard, magnifiquement mises en valeur par l’ensemble de l’équipe. À partager sans modération.