Rencontre avec le collectif Micro-sieste


Le collectif Micro-sieste est composé de Angèle Cailliot Lecomte et Mathilde Hur, étudiantes aux Beaux-Arts de Nantes. Après s’être rencontrées en janvier 2025 lors d’un workhop à Stereolux, leur duo est désormais soutenu par le dispositif Propulse. Leur travail repose sur la pluridisciplinarité (vidéo, performance mais aussi création à partir de la céramique) et questionne les liens entretenus avec nos vulnérabilités. Cohésion interne est leur première création.

– Comment est né ce projet ? Quel a été le premier geste, la première image ou intuition à son origine ?

La première intuition part de la lecture d’une nouvelle de Wu Ming Yi, Vibrations solaires, dont le personnage voyage  dans l’objectif de capter des sons de tempête (des méga méga tempêtes) pour sa chaîne en ligne destinée à aider les insomniaques à dormir. Et si les sons émanant des changements écosystémiques, c’est-à-dire un accroissement des phénomènes extrêmes par exemple, pouvaient paradoxalement servir à nous détendre ? 
On a eu envie de creuser ce paradoxe entre la détente et le monde en cours de destruction dans lequel elle prend place, paradoxe dont le capitalisme sait tirer profit… Et très vite, on est arrivées à une figure rassurante, qui à force de trop vouloir nous rassurer devient inquiétante, et qui répète en boucle ce mantra “tout va bien” (mais peut-être que c’est juste une IA qui est en train de bugger). 

– Qu’est-ce qui vous met en mouvement aujourd’hui, dans votre pratique artistique ?

On aime bien partir d’un point, d’une hypothèse, d’un questionnement, même un peu trouble, et se laisser dériver au gré de nos récoltes, explorer avec une certaine liberté tout autour de ce point et lui découvrir des terminaisons nerveuses inattendues, un peu bizarres. On peut s’autoriser à faire des liens, comme on ne se l’autorise pas forcément dans le cours ordinaire de nos existences et quand il y a urgence à apporter une réponse. C’est le temps long et précieux de la recherche artistique. En créant à plusieurs, on se sent plus libres et plus fortes, pour penser et tester des choses un peu plus bizarres. On ose plus enclencher les petits moteurs à faire dérailler le cours des choses, pour voir autrement la manière dont elles se présentent à nous. Ensemble, on cherche les logiques souterraines, et on est révoltées et inquiètes pour le monde à venir dont les fondations sont déjà bien en place. Tout ça nous met en mouvement, et encore beaucoup de choses ! 

Qu’est-ce que vous évoque l’expression suivante : Inventer (des) ailleurs ?

Inventer des ailleurs c’est créer des fissures dans le sol bétonné de nos cours de récré pour se laisser happer par les crevasses qui communiquent peut-être avec des entités fondamentales anti-capitalistes murmurant des bouts de rêve pour le futur !

– Si ce spectacle était un déplacement, d’où partirait-on et où arriverait-on ? 

On partirait de derrière un écran d’ordinateur pour arriver dans une salle comble, habitée par un groupe en état d’affaissement progressif mais parcouru par des phénomènes vibratoires déconcertants.   

– Quelle(s) œuvre(s) (musicale, littéraire, cinématographique) pourrai(en)t accompagner l’univers du spectacle ?

Dans le temps de notre recherche artistique nous nous sommes nourries de tout un tas d’œuvres et certaines d’entre elles ont fini par entrer dans notre langage commun comme des références liées directement au projet qu’on est en train de construire. 
On a beaucoup été inspirées par Sieste Pilote d’Antoine Boute, poète-punk-siesteur belge, qui nous a ouvert beaucoup de voies et de canaux insoupçonnés. Et puis, Vibrations solaires, de Wu Ming Yi, issues du recueil de nouvelles Soleil.s aux éditions La Volte. Et aussi l’autrice Sabrina Calvo, pour Hope future, et plusieurs de ses nouvelles dans Après le matin aux éditions La Volte aussi, ou encore Toxoplasma. On retrouve beaucoup de sensations, de consistances dans des récits de science fiction. 
Du côté de la création plastique et de la performance, la découverte de l’alter ego Cynthia de l’artiste performeuse et vidéaste états-unienne Shana Moulton, développée dans la série de performances Whispering Pines, parfois vidéo ou live, nous a permis de dessiner les contours de la personnage de Cohésion Interne. Cette série dépeint une jeune femme à la quête du bien être, dans un univers plus magique que domestique. 
Et évidemment, on a dégusté des vidéos asmr tout aussi inspirantes !