3 questions à Mathilde Dantec


Rencontre avec Mathilde Dantec, artiste soutenue par MODULE, l’incubateur artistique des premières créations lancé par le TU.

Mathilde Dantec est une artiste plasticienne, performeuse et chercheuse née en 1998, travaillant entre Nantes et Marseille. Diplômée de l’École Supérieure des Beaux-Arts de Nantes en 2022, elle poursuit en parallèle de sa pratique artistique un master de recherche en éthique à l’Université de Nantes, qu’elle achève en 2025.

Sa démarche explore les relations entre les êtres humains et leurs « espèces compagnes », qu’elles soient vivantes ou non-vivantes. À travers ses projets, elle interroge les dynamiques de soin qui émergent de ces interactions : des liens avec les objets techniques et leur rôle dans nos vies, à leur fonction de supports mémoriels, jusqu’aux relations symbiotiques que nous entretenons avec les micro-organismes qui composent nos corps. Son travail propose ainsi une approche sensible et narrative de notre manière de cohabiter avec l’autre qu’humain.
S’appuyant sur les éthiques du care et des savoirs scientifiques pluridisciplinaires, Mathilde Dantec développe une recherche artistique à la fois poétique et réflexive. Elle mène également des ateliers d’éducation artistique et culturelle, où elle invite les participants à explorer la dimension multiple et changeante de l’identité.


Parallèlement, elle collabore depuis 2020 avec la compagnie Shonen, dirigée par Eric Minh Cuong Castaing, en tant que régisseuse de production et accompagnatrice d’interprètes en situation de handicap.

– Être accompagnée, ça veut dire quoi pour toi ?

Dans l’accompagnement il y a, selon moi, une sorte de flou joyeux qui fait qu’on peut ne plus savoir qui accompagne et qui est accompagné. Ce sont deux postures versatiles, qui mutent et se brouillent selon les évènements que ce compagnonnage traverse. C’est pour ça que je préfère l’idée d’accompagner/être accompagnée à celle de soutenir/être soutenue. Dans la première, il y a une notion de déplacement, de processus, d’aller quelque part ensemble, là où la seconde m’évoque davantage une forme d’inertie, de point qui se maintient dans l’espace et le temps. Accompagner et se laisser accompagner suppose de travailler de concert à maintenir un équilibre délicat entre l’autonomie de toutes les parties et la réciprocité de leurs activités respectives. C’est une forme de remède à une solitude dans le travail et la recherche fréquemment observée dans nos milieux culturels, émergents en particulier, en même temps qu’un témoignage de confiance mutuelle. A titre très personnel être accompagnée, c’est réellement une respiration, un espace et une temporalité donnés à l’expérimentation, au « je sais pas encore, mais c’est pas grave, on cherche », c’est un état qui fait du bien. 

– Qu’est-ce que ça te fait de faire partie de MODULE, un incubateur qui réunit des artistes qui ne se connaissent pas à travers des temps individuels et collectifs ?

Être réunies dans MODULE, c’est une perspective très joyeuse (car nous n’en sommes qu’au début). C’est l’occasion de découvrir des disciplines et des enjeux de travail parfois très distincts des nôtres, ça nourrit l’imaginaire de formes qu’on n’aurait sûrement pas découvert seul·es. De la même manière, multiplier les regards sur nos processus de recherche respectifs permet aussi d’en révéler des aspects que nous n’aurions pas vu nous-mêmes, des pistes que nous ne serions pas allés explorer, des impensés que nous n’aurions, de fait, pas pensé seul·es. 

– Avec le TU, qu’as-tu envie de vivre ?

Actuellement, ce qui me fait envie, c’est la rencontre des savoirs et les expérimentations avec les publics. C’est proposer à d’autres des hypothèses et protocoles de pensées, des dispositifs de co-fabrication d’imaginaires communs et individuels. Il s’agit de créer les espaces et temporalités qui permettent cette émulation des imaginaires, ces tests sans garantie de réussite et ces moments qui ne produisent rien d’autre que l’expérience du moment en lui-même. Je pense que c’est une curiosité que le TU partage également. 
J’ai donc envie d’explorer ces endroits de curiosité partagée et de tentatives incertaines !