3 questions à Maryne Lanaro


Maryne Lanaro est directrice artistique du Collectif Grand Dehors, qu’elle a fondé pour décloisonner les disciplines et créer dans l’espace public. Elle y réunit des artistes et penseur·euse·s issus de domaines variés (urbanisme, architecture, danse, vidéo, musique, création sonore et numérique, jeu, etc.) afin de croiser les regards et les pratiques.
À travers ce collectif, elle cherche à révéler la dimension poétique des territoires et à réactiver la portée symbolique des espaces publics. Ses projets prennent souvent la forme de créations participatives, de rituels et de cérémonies artistiques invitant à une réappropriation sensible du « grand dehors ».
Ouvert à tous les publics et à tous les terrains, le collectif développe des œuvres situées, immersives et expérientielles, où Maryne Lanaro orchestre le dialogue des disciplines dans une esthétique résolument poétique.

Pour certain·e·s Métamortem est un spectacle, pour d’autres une cérémonie.

– Quel a été le point de départ de ce spectacle ?

Initialement, Métamortem n’aborde pas du tout la question funéraire mais bien la question environnementale. Nous avons enterré un lieu ici, à Nantes, et lors de son enterrement nous nous sommes demandé·e·s : si un lieu est un existant, comment lui dire au revoir ? Tiens tiens, dire au revoir, en France c’est vraiment une pratique qui nous est étrangère. Devenue étrangère. Alors la nouvelle question s’est posée : quel est notre rapport à la disparition ? Puis Métamortem a bien dû laisser la place au funéraire. À partir de ce moment nous n’avons pas pu faire autrement que chercher les souhaitables pour nos cérémonies funéraires et nos manières de rentrer en empathie écologique.

– Si ce spectacle était un remède, de quoi ou de qui prendrait-il soin ? 

Ce spectacle prend soin de nos liens collectifs et de nos manières d’appréhender ce sujet. Je crois que cette pommade commémorative permet de dire : Il est possible de ne pas traverser le styx de nos morts seul·e sur la barque. Nous sommes souvent isolé·e·s dans notre rapport à la mort. C’est un remède pour les occidentaux qui ne trouvent pas de communauté dans la laïcité, ou dans une pratique religieuse, un peu trop étriquée peut-être.

– Quelles espaces de résistance permettent la fiction / l’art ?

Métamortem participe à ce qu’on appelle des fictions souhaitables, de par le fait de les faire vivre collectivement, elle crée des prophéties auto-réalisatrice. La fiction permet à mon sens de dire : c’est possible ! Pour certain·e·s Métamortem est un spectacle, pour d’autres une cérémonie. Pour la coopérative funéraire de Rennes, Métamortem est un porte parole, un pied dans la porte de ce tabou qui rend nos existences isolées et inquiètent face à la mort.

Les formes comme Métamortem sont comme les saxifrages, les plantes qui poussent dans le béton. Elles contournent la roche qui s’oppose à sa progression, elles l’entourent, découvrent la faille, s’y glissent et lentement la brisent.