Rencontre avec Le Foutoir, compagnie soutenue par MODULE, l’incubateur artistique des premières créations lancé par le TU.
Créé par Victor Dervaux, Manon Geoffroy et Léo Moussu, en 2025, Le Foutoir est né du désir commun de représenter la vie, sur scène, telle qu’on la connaît au quotidien, dans son épaisseur, sa contradiction et ses paradoxes.
Ayant pour noyau trois comédien·nes, la compagnie porte en bannière un théâtre de jeu, un théâtre qui raconte des histoires, engagé et physique.
Représentant les êtres, en gros plan sur leurs maladresses, leurs failles et ce qui leur échappe, Le Foutoir met en valeur les « bonbons » d’humanité, qui surgissent, faisant tomber les masques. Une esthétique qui tente de ne pas lisser les corps, marqués par leurs classes sociales, leurs blocages, leurs jargons, leurs brutalités selon d’où iels viennent et où iels vont. Casey & Amour et Putain de route de campagne ! sont leurs premières créations en cours : elles gravitent ensemble autour des thématiques de la parole poétique, du ridicule, des gens vivant en périphérie et plus loin, sur des esthétiques des années 2000.
Le Foutoir est actuellement en période de recréation sur Casey & Amour, leur premier spectacle pour les espaces non dédiés : une première version de la pièce, sortie en septembre 2025, est en cours de réécriture, et verra le jour en juin.
En parallèle, Victor, Manon et Léo mènent des stages auprès d’adolescent·es et d’adultes, avec l’envie de transmettre un plaisir du jeu à la fois culotté et sensible. Nourris par l’improvisation et la force de l’imaginaire collectif, ces temps cherchent à faire émerger des formes théâtrales joyeuses, accessibles à tous·tes. La compagnie collabore depuis 2024 avec la compagnie du Noyau à Fontenay-le-Comte et développe une collaboration avec le festival l’Arbre Bavard pour son édition 2026.

– Être accompagné.es, ça veut dire quoi pour vous ?
Pour nous, accompagner, c’est prendre soin. Prendre soin, sans diriger, soutenir sans imposer. Il y a quelque chose de l’ordre de la vigilance douce : être attentif·ve à l’autre, à ses besoins, à ses rythmes, sans jamais enfermer.
C’est aussi offrir un espace où l’on peut déposer ses doutes, ses élans, ses fragilités ! Un espace d’ouverture, où l’on se sent écouté·e et reconnu·e.
– Ça vous fait quoi de faire partie de MODULE, un incubateur qui réunit des artistes qui ne se connaissent pas à travers des temps individuels et collectifs ?
D’un point de vue individuel, plus à l’échelle de notre noyau de compagnie, ça donne un cadre. Un cadre qui permet de laisser la place à ce qui est important pour nous. Bien sûr, les charges administratives, budgétaires, comptables, la charge de diffusion, de production, demeurent et restent notre responsabilité, mais l’accompagnement rend la chose beaucoup plus légère. On sait qu’on a une oreille à qui parler, des gens compétent·es avec des compétences et des ressources pour apporter des réponses.
D’un point de vue plus global et collectif, ça crée une sensation presque instinctive, presque grégaire : celle de ne plus être seul·es. D’un coup, on se retrouve entouré·es de personnes qui traversent des états similaires, avec des enjeux proches, et ça fait du bien, vraiment.
Il y a quelque chose de rassurant là-dedans, mais aussi (et surtout) de très stimulant. On se reconnaît, on partage sans forcément se connaître, et ça donne de l’allant. Ça galvanise, ça motive, ça donne envie de faire et fabriquer, créer.
– Avec le TU, qu’avez-vous envie de vivre ?
On espère vivre des rencontres, des connexions. Sentir une mise en réseau, au sens vivant du terme. Pas juste croiser des gens, mais vraiment tisser des liens.
On a envie de s’étoffer en tant que compagnie, d’épaissir notre pratique au contact des autres, de leurs univers, de leurs regards.
Il y a aussi un grand désir d’autonomie ; MODULE, c’est pas for ever. On veut apprendre, expérimenter, gagner en confiance pour porter nos projets.
Et surtout, on a envie de bouillonnement. D’une forme d’émulsion créative et culturelle, où les idées circulent, se transforment, se nourrissent.
Créer des temps ensemble, et créer ensemble ! Et, au fond, faire de nos désirs quelque chose de vivant, de partagé – presque une fête.