Aller au contenu principal
Interview Portrait Epopée

Tanguy Malik Bordage

La classe éco

Après Projet Loup des steppes, succès critique et public indéniables, Tanguy Malik Bordage, est back dans les bacs avec Tourista, sa nouvelle création autour du sentiment de trop-plein.

En amoureux de la planète hip hop, Tanguy Malik Bordage cultive très naturellement le sens de la punchline. Et il ne faut jamais ronger son frein trop longtemps pour que la machine à mots tourne à plein régime et tape dans le mille. « Quand on regarde froidement les choses, pour une deuxième création, il y a trop d’acteurs. Ce n’est pas une adaptation. Ça fait donc flipper les programmateurs et les producteurs. Il y est question de vider le trop-plein. Et la pièce s’appelle Tourista. Quand tout cela est posé sur la table, tu as l’impression que tu fais tout pour que ça soit difficile. » Et pourtant, nous sommes nombreux à vouloir embarquer immédiatement dans sa nouvelle aventure. Tant son Loup des steppes (NDRL : premier spectacle créé en 2016 au TU) nous avait scotché sur place. Du coup, au cours de l’entretien, nous sommes un peu gênés de revenir sans cesse à ce premier chapitre de son histoire d’auteur. « Bah en même temps, j’ai fait qu’un spectacle… Il est donc normal de revenir souvent dessus. » À la différence de son retour sur les planches. « Je trouve que l’on exerce assez rarement le métier que l’on veut faire. » Il aura fallu patienter deux ans pour que le pensionnaire de la maison Grosse Théâtre signe son come-back en tant qu’auteur et metteur en scène. « Dans le théâtre public, les places sont chères pour atteindre l’ambition de tourner que tu t’es fixée. Et tu peux vite passer du statut de jeune émergent prometteur à celui de persona non grata. » Avec Tourista, il y a peu de chances que Tanguy Malik Bordage s’assoit sur le banc des remplaçants. « Tourista est un grand poème, un cadavre exquis tragi-comique explorant le sentiment de trop-plein Le trop-plein de relations sexuelles, le trop-plein de relations amicales, le trop-plein d’obligations, le trop-plein d’informations, le trop-plein de souvenirs… Je veux humblement, et c’est la base, me vider de quelque chose qui macère à l’intérieur. Aujourd’hui, tout devient très lourd. Nous sommes enchaînés à nos opinions, à notre famille… Je veux que Tourista soit un espace de liberté totale. » Un espace occupé par six comédiens, « six gueules chargées de trop-plein ». Cette trame émotionnelle est traversée par les références de son auteur. « Les références multiples de quelqu’un de mon âge : la culture urbain, le hip hop, le sport américain, les jeux vidéo, les films de kung-fu… » De « ce kaléidoscope culturel naît un grand spectacle où le très pointu, le très intime se mêlent au tragi-comique. Et surtout, Tourista n’est pas un Loup des steppes bis. Il trimballe en lui autre chose ». Dans Le Bordage illustré, cela donnerait aussi « Star Wars réalisé par Bruno Dumont ». Finalement, Tourista est au carrefour de « [sa] petite histoire et de la plus grande histoire humaine. » Souhaitons que cette deuxième création fasse un très long voyage en première classe dans les salles d’ici et surtout d’ailleurs en France. C’est tellement mérité.

- Arnaud Bénureau