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Regards croisés AuxFrontièresduRéel

Retours en enfances

Une enfant de 11 ans, un adolescent de 15. Chacun est au cœur d’un spectacle, sans y être présent physiquement.

Leur histoire - et, à travers elle, les peurs et désirs de l’enfance - est confiée à un ou une interprète, qui endosse le rôle d’avatar adulte, de partenaire de jeu ou d’analyste. Le Grand sommeil, de Marion Siéfert, est né d’un duo entre Helena de Laurens et Jeanne, dont les échanges donnent naissance à un corps hybride et mouvant, qui remet en question notre rapport à la norme. Éperlecques, autofiction de et avec Lucien Fradin, fait appel aux sciences sociales pour raconter la vie d’un adolescent, cahiers de correspondance et transparents à l’appui. Jusqu’où l’intime peut-il être décortiqué ? Comment transmettre ce qui est de l’ordre des fantasmes et des tensions d’un âge où tout s’invente ? Documentés par des parcours de vie, ces « seul en scène » n’en sont pas vraiment, tant leurs interprètes se dédoublent et convoquent d’autres personnages pour nous faire parcourir ces paysages de l’intime. Jeanne, elle-même adepte des imitations, parle par la bouche d’Helena de Laurens. Lucien Fradin s’entoure des voix de membres de sa famille ou de savoirs scientifiques. Par contorsions ou analyses, de manière très expressive ou rationnelle, chaque spectacle ramène dans le présent de la scène un état passé et fugitif. Des récits singuliers dans lesquels le corps adulte devient un transmetteur, outil d’expression des rapports au monde intenses et multiformes propres à l’enfance.

- Pascaline Vallée