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Interview à penser

Penda Diouf

Questionnaire made in TU

Brève interview  : 10 questions existentielles pour 10 réponses spontanées à la rencontre de Penda Diouf, auteure.

Quel est votre premier souvenir de spectatrice ? 
C’était "La cerisaie » de Tchekhov à la MC93, mis en scène par Jean René Lemoine avec une distribution 100% afro descendante. J’étais déjà adulte, je suis arrivée au théâtre tard. Mais j’en garde une impression très forte. 

Quelles étaient vos convictions quand vous avez commencé à travailler dans le milieu du spectacle ? Qu'est ce qui vous attirait ?
Ce qui m’a attirée, c’est d’abord le plaisir de spectatrice. L’idée d’un contrat implicite qui nous lie le temps de la représentation, avec les autres spectateur.trice.s mais aussi les comédien.ne.s au plateau, l’équipe technique. Et ce partage m’émeut toujours aujourd’hui. Et puis, en écriture, une envie de changer le monde par ses représentations comme dirait Edouard Glissant. De créer également des espaces où la rencontre puisse advenir. 

Quand, pour la dernière fois, vous êtes vous lancé.e malgré la peur, parce que vous sentiez qu'il le fallait ? 
Peut-être dans une histoire d’amour! Mais je ne suis pas très bonne là-dedans. 

Comment le monde et son actualité interviennent-ils dans votre travail artistique ? Quel rapport entretenez-vous au monde d'aujourd'hui ?
J’entretiens un rapport viscéral au monde qui m’entoure, auquel j’appartiens. Mon écriture est très poreuse à ce que je vis, à l’actualité. Elle se nourrit vraiment des pulsations "du monde", de ses vibrations heureuses quand il va bien, de ses toussotements quand son énergie est plus faible, de ses râles quand c’est douloureux. C’est l’injustice et la colère qui sont mes principaux moteurs dans l’écriture. 

Pour paraphraser Bruno Latour, quelles activités n'avez vous pas repris ou n'avez-vous pas envie de reprendre depuis le confinement ?
J’ai tout repris, mais peut-être avec une conscience plus importante du temps et du présent. Et un besoin de nature au quotidien, que je ressentais avec moins d’intensité avant le confinement. 

Qu'est ce que transmettre pour vous ? A quelles conditions l'art peut être un endroit de partage ?
Pour moi, c’est prolonger le geste des aîné.e.s, comme une forme d'hommage à leur audace, leur créativité, leurs engagements, tout en laissant aux générations qui suivent la possibilité de s’approprier ce legs. Il peut y avoir partage s’il y a conscience de l’existence de l’autre, écoute et inclusion. 

Si demain on ne peut plus se rassembler dans une salle de spectacle, qu'est ce qu'il resterait de votre travail ?J’espère qu’il restera des mots, à crier dans la rue ou à graffer sur les murs. Ou à lire dans l’intimité de sa chambre. Un rythme, une mélodie, une sonorité sur lesquels danser un soir de pleine lune. 

Pourquoi aller voir un spectacle aujourd'hui ? Les arts vivants sont-ils de "première nécessité" ? 
Parce que c’est un lieu où on peut-être ensemble et partager justement. Que le théâtre est aussi un lieu de rituel et qu’il est parfois bon de les retrouver. 

Quel geste compte le plus pour vous ?
Certainement un geste d’amour, qui peut se matérialiser de différentes façons. Pour moi, c'est l’écoute que je porte aux autres et certainement le geste d’écriture. C’est ce qui me tient.  

Avec un T et U, quel slogan auriez-vous envie d'inscrire sur le mur d'un théâtre ?
Peut-être "Trésors d’Utopies »...


Propos recueillis en juin 2020.

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