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Portrait AuxFrontièresduRéel Héroïque

Jeunesse d'un enfant du siècle

Portrait intime de Clément Pascaud par l'auteur Bernard Souviraa

Qu’un metteur en scène aussi féru de théâtre contemporain m’évoque Musset a quelque chose de paradoxal. C’est en raison de la jeunesse de Clément, de la jeunesse de sa voix. Elle cascade, fluide et charmeuse, passant d’une évocation passionnée de Valérie Dréville et Catherine Riaux dans Suite armoricaine à de fines considérations sur Xavier Dolan et son adaptation de Lagarce, avec précision et légèreté, éclats de rire à l’appui. La profondeur sans la pesanteur, rare. Mais si Musset s’immisce, c’est aussi que cette jeunesse est embuée de mélancolie. Clément s’intéresse aux histoires où le passé fait retour – Juste la fin du monde, sa première mise en scène, faisait surgir d’une sombre scénographie les voix encloses et enfin libérées de ceux qui prisent du présent ce que le passé y a laissé de traces. Je crois qu’il a désiré travailler sur ma pièce Nu Masculin Debout parce que les personnages y ravivent une flamme exténuée. L’énergie de la mélancolie serait le trait le plus sensible de Clément Pascaud, jeune metteur en scène funambule qui, tel Octave dans Les Caprices de Marianne, s’avance sur le fil, métamorphosant ses tourments en enthousiasme, pour nous parler du plus secret. En effet Clément semble n’aimer du théâtre que l’intime – confidences de fin de nuit, déchirures des cris étouffés, érotisation des acteurs. Il se tient près de la source du théâtre, cherchant cet instant originel où un homme s’avance vers nous pour exposer ses tremblements et sa difficulté à dire, différent et pourtant si frère. Clément, oui, est fraternel, et le grandiose ne l’intéresse pas, le politique si peu. Pourtant son point de vue sur le théâtre est celui d’un jeune homme d’aujourd’hui qui sait qu’ouvrir le cœur des personnages et les lignes du texte comme des veines, pour révéler au public l’indicible, est un acte d’espoir. Montrer la vie à vif, telle qu’elle s’inscrit ici et maintenant, pour ne pas rester des naufragés. Politique sans le vouloir. Car c’est un geste plein de noblesse, de la part d’un metteur en scène, d’être dans les détails minuscules de nos existences vacillantes, jamais dans l’emphase de la démonstration. D’être avec les auteurs qu’il choisit dans le désarroi de nos vies pour y laisser couler la lumière de son regard. Les mises en scène de Clément seraient ainsi une invitation à recevoir au plus près ses chuchotements : confession d’un enfant du siècle.

- Bernard Souviraa, auteur de Nu Masculin Debout