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Interview à penser

Jean Le Peltier

En créations !

Comment naît l’idée d’un spectacle ? D’où vient sa nécessité ? Et pourquoi créer un spectacle aujourd’hui ? Rencontre avec Jean Le Peltier, metteur en scène.

Quels sont les points de départ de ce spectacle ? Comment naît le désir de création ?
Un des points de départ de ce spectacle est un étonnement. J'ai découvert des mini-robots (les zooids), grands comme des bouchons de bouteille et capables de se déplacer en essaims sur un bureau. Ils sont comme des lilliputiens capables de vous rendre des services : vous rapprocher votre téléphone quand il sonne, pousser un verre d’eau pour que vous n'oubliez pas de vous hydrater. Dans cette vidéo, l’un d’entre eux avait une roue coincée. Il allait donc moins vite que les autres sur la table. Et j’ai eu beaucoup de tristesse pour lui. Et ça m’a étonné. Je me suis demandé comment je pouvais être à ce point triste pour un objet, quand je ne le suis pas toujours pour des humains qui ont bien plus comme soucis « qu’une roue coincée ». Le désir de création de cette pièce est né de ça, de cet étonnement devant mon empathie pour des objets qui semblent s’animer tout seul.

Comment se déroule le travail de création ? Quel est votre processus ? Qu’est ce qui se transforme pendant ce temps ?
Le travail de création commence par de la documentation, de la lecture principalement. Je rassemble le maximum d’informations sur le sujet. À partir de ces informations, j’écris des scènes que je répète tout haut pour les entendre. En parallèle, il y a le dessin d’une narration qui vient accueillir ces différentes scènes. Il y a la disparition de certaines et l’apparition d’autres. Pour finir, je fais des petits prototypes de spectacle, des petites formes, des petites narrations que je teste devant des publics restreints lors de sortie de résidence.
Ensuite, vient la mise au plateau avec les lumières et les sons qui viennent enrichir la mise en scène.

Combien de temps avez vous besoin pour créer un spectacle ?
Ça dépend de quoi on parle. Pour cette création, mises bouts à bouts, les périodes de travaillent dans les théâtres ou dans les salles de répétitions doivent représenter quatre mois, auxquelles s’ajoutent au moins trois mois d’écritures. En tout ça donne 7 mois, mais ces n’est pas exactement comme ça que ça se passe. Entre la recherche des partenaires (qui vont financer la pièce et/ou prêter leur lieu) et la demande de subventions qui ont leur calendrier de dépôt et de réponse, le temps s’étire et il faut au moins trois ans entre une idée de spectacle et une première.

Quelle définition avez vous du spectacle ? Quels sont les enjeux pour vous de la création contemporaine ?
J’affectionne assez l’idée d’un tapis volant. Quelque chose qui nous soulève et nous extrait du réel. Ça se produit avec le cinéma, la littérature, même avec le sport. Mais ce qu’il ya de bien avec le théâtre, c’est qu’on peut régulièrement redescendre dans le réel, se rendre compte qu’on est dans la salle, dans la réalité, et repartir aussitôt dans la fiction. Cet exercice mystification/démystification me semble assez précieux, pour notamment regarder nos réalités un peu différemment. Ce serait un des enjeux qui m’importe le plus dans la création contemporaine. 

Quel est votre moteur ? Ce que vous préférez dans votre métier ?
Ce que je préfère c’est que c’est un peu magique. Il y a une espèce de suspension qui se passe quand on est sur scène et que le public donne son attention. Comme les spectateurs font plus de 50% du travail avec leur imagination pour faire exister ce qu’ils voient, il s’agit de bien leur préparer la première moitié mais ensuite c’est finalement eux qui font exister tout ça. Et c’est assez magique à sentir.


Propos recueillis en juin 2020
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