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Portrait Authentique

hélas des as

Avec hélas, Nicole Genovese vous invite dans la cuisine d’une famille presque comme les autres et dont la vie, à l’heure du dîner, s’apprête à ne pas être comme les autres. Accrochez-vous, car vous n’êtes pas prêts de vouloir quitter la table.

En avril dernier, Claude Vanessa, le metteur en scène possible d’hélas, poste le message suivant ou presque sur les réseaux sociaux : « Saison terminée. La dernière représentation d’hélas a été donnée dans la petite salle des fête de Menet dans le Cantal. Dès octobre, reprise dans les salles de prestige : TU-Nantes, scène nationale de Châteauvallon, Théâtre de La Tempête – Cartoucherie… ». Pour les amateurs de raccourcis faciles, un tel post laisserait à penser que Nicole Genovese, autrice de ce texte autour d’une famille formidable qui « va dîner ensemble tous les soirs de leur vie, pour toujours », accède à la division supérieure. Même pas. Pour cette « Méditerranéenne qui aime bien parler » et qui est tombée dans le théâtre juste avant ses années collège, ce changement de braquet résonne comme une évidence. « Passer d’une salle à l’autre relève d’une volonté personnelle. Le théâtre n’est pas réservé à un lieu en particulier. Il me semble essentiel de ne pas déserter les petites communes. Avec ma compagnie, nous avons mis en place une économie permettant cela. »

Un discours sans langue de bois pour celle qui a fait de la France de nos campagnes, son terrain de jeu et de vie. « J’ai grandi dans l’arrière-pays niçois et aujourd’hui je vis en Bourgogne. Je suis une Parisienne ratée et je l’assume complètement. » Et elle en joue aussi. Avec malice. La preuve, cette répartie au tac au tac lorsque nous abordons la question du brouillage des pistes : « Personne ne sait si je suis théâtre privé ou théâtre public, intello ou marrante, seule ou en groupe… On relève mon côté plasticienne ». Cette confusion lui plaît. Et nous plaît lorsqu’il est question d’hélas et de son point de départ solidement ancré dans le prime time cathodique : Plus belle la vie.

En effet le pitch simple comme un coup de fil d’hélas – ce dîner semblable au jour imaginé par Harold Ramis ; c’est-à-dire sans fin – est tout d’un coup parasité par « un brave oncle Michel et une adjointe à la culture férue de la série Plus belle la vie ». Là encore, pour Nicole Genovese, il ne s’agit pas d’une coquetterie pour dîner en ville. « Une amie jouait dedans. J’ai commencé à regarder. Et aujourd’hui, je suis fan. » L’époque qui ne cesse de mélanger les genres, favoriserait-elle une telle déclaration d’amour ? « Je ne pense pas que ça soit une question d’époque. Jacques Demy assumait lui aussi ce mélange des genres. Je pense qu’il s’agit davantage d’une question de pudeur. C’est compliqué d’assumer que l’on aime cette série. Mais je n’ai pas honte d’où je viens. J’ai été éduquée à des choses populaires, simples. » Et le rire, fil rouge d’hélas, participe de ce background. « La question du rire est difficile car il a beaucoup de vertus. Il est difficile à définir. Au théâtre, c’est un outil intéressant à travailler. Avec le rire, il est plus simple de communiquer avec le public. Car on l’entend. Il y a quelque chose de frontal avec lui. » Et avec Nicole Genovese, il y a quelque chose de l’air du temps. De cette force de ne rien demander à personne et de tracer sa route coûte que coûte. « Ce n’est pas la gloire côté finances. Mais je gagne de très bons moments.
Et c’est mon choix. » Hélas, le bon !


Arnaud Bénureau