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Interview à penser

Guillaume Bailliart / Groupe Fantômas

Questionnaire made in TU

Brève interview  : 10 questions existentielles pour 10 réponses spontanées à la rencontre de Guillaume Bailliart, metteur en scène.

Quel est votre premier souvenir de spectateur ?
Spectroman m'intéresse plus que Molière.

Quelles étaient vos convictions quand vous avez commencé à travailler dans le milieu du spectacle ? Qu'est ce qui vous attirait ?
Aucune conviction, plutôt un désir de bizarrerie. 

Quand, pour la dernière fois, vous êtes vous lancé malgré la peur, parce que vous sentiez qu'il le fallait ?
Étant d'un naturel assez lâche, j'essaye de me mettre en position de ne pas avoir peur pour pouvoir agir. 

Comment le monde et son actualité interviennent-ils dans votre travail artistique ?
Ça dépend des projets. N'étant pas dans une intention de "représenter" mais plutôt "d'expérimenter et de fabriquer", j'essaye de penser "mon travail artistique" comme une petite partie du monde, et pas un miroir ou une représentation. Quand nous travaillons, nous "fabriquons du réel" plus que nous ne le commentons.

Quel rapport entretenez-vous au monde d'aujourd'hui ?
J'en suis et je le déforme. 

Pour paraphraser Bruno Latour, quelles activités n'avez vous pas repris ou n'avez-vous pas envie de reprendre depuis le confinement ?
La recherche permanente et compulsive de voitures puissantes et pas chères sur le site "le bon coin". 

Qu'est-ce que transmettre pour vous ?
Partager des expériences de jeu complexe ; dans un esprit de désacralisation du milieu théâtral, presque de "déprofessionnalisation"; et paradoxalement, dans une attention portée à la foi que doivent engager les joueurs pour faire advenir des choses qui n'existent pas.

À quelles conditions l'art peut être un endroit de partage ?
Sac de noeuds. On dirait l'intitulé d'une thèse. Je réponds de façon abstraite en trois étapes et en abusant du flou artistique et sans me préoccuper du champs culturel puisque ce n'est pas mon métier.
Avant de permettre un partage il y aurait d'abord à désarmer au maximum les violences symboliques et les privilèges sociaux (dans une manière d'être, de se "tenir", de penser), puis fomenter une possible ouverture dans l'imaginaire comme si celui-ci était une matière latente qui flottait dans l'espace, et enfin organiser un rituel cohérent qui déborde ceux qui y assistent et ceux qui sont chargés de l'activer.

Si demain on ne peut plus se rassembler dans une salle de spectacle, qu'est-ce qu'il resterait de votre travail ?
Des petites vidéos pourries, des souvenirs, et je l'espère des personnes un peu transformées (dans le meilleur des cas peut-être même un peu renforcées). 
Il resterait aussi la possibilité de se rassembler dans une salle de spectacle 3 ou 6 mois plus tard. Ne soyons pas romantique.

Pourquoi aller voir un spectacle aujourd'hui ?
À titre personnel, je vais voir des spectacles pour piquer des idées et vérifier que je suis meilleur que les autres. Ça marche presque tout le temps, et puis de temps en temps, je vois quelque chose de vraiment génial, j'en sors agrandi, émerveillé, et déprimé.

Les arts vivants sont-ils de "première nécessité" ?
Question piège. Et si nous ne nous la posions pas? 

Quel geste compte le plus pour vous ?
Comme Miyamoto Musashi : celui qui pourfend l'adversaire.

Avec un T et U, quel slogan auriez-vous envie d'inscrire sur le mur d'un théâtre ?
T’as vu t'as voté macron pis finalement t'es déçU.


Propos recueillis en juin 2020.