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Interview Portrait Epopée

Genèse dorée

Terriblement pop, actuelle et ironique, La Bible, vaste entreprise de colonisation d’une planète habitable de Céline Champinot se joue sur le playground d’une ville de province où un cinq majeur au féminin règle ses comptes avec le Créateur.

Lorsque nous avons rencontré Céline Champinot, le rideau du Théâtre Dijon Bourgogne où la jeune femme est artiste associée venait à peine de se refermer sur la première de La Bible, vaste entreprise de colonisation d’une planète habitable. En avant-propos, l’autrice et metteuse en scène tient à son titre XXL. « Attention à ne pas trop le raccourcir. Je ne veux surtout pas créer de malentendus ». En gros, sa nouvelle création ne se veut pas être un nouveau chapitre de la collection Pour les nuls. « Surtout pas. Ça me fait peur ». Évidemment, sa deuxième pièce se place bien au-dessus de la mêlée. Pourtant, sa genèse s’est révélée être un voyage au long cours de près de trois ans. La Bible, Céline Champinot ne l’avait jamais lu. Ou en diagonale pendant une enfance où la chef de file du groupe LA gALERIE était « croyante » au sein d’une famille qui, elle, ne l’était absolument pas. « Aujourd’hui, je ne le suis plus du tout. Malgré tout, j’ai parfois ce réflexe idiot de parler à voix haute à quelqu’un. Lorsque je me suis attaquée à La Bible, je l’ai lue dans un premier temps comme Madame Tout le monde. Je n’ai pas cherché à l’étudier. J’ai choisi deux traductions : celle d’André Chouraqui, la plus fidèle aux textes originaux et La Bible la plus récente, celle des écrivains, celle d’Emmanuel Carrère. » Pour celle qui est tombée dans le théâtre à l’âge de 12 ans à Massieux, « un petit bled dans l’Ain », ce travail de l’ombre a compressé, aussi surprenant que cela puisse paraître, l’espace temps. « C’est comme si j’avais lu La Bible en six jours et qu’au septième, j’avais fait un rêve : cette pièce. » Ou plus exactement, un poème. « C’était moi enfant qui écrivait ce poème. Puis, j’ai écrit des fictions supplémentaires. La fiction des Scouts d’Europe et celle que ces scouts se racontent entre eux. » Cet enchevêtrement de mots s’est ensuite incarné dans cinq comédiennes, interprétant ces scouts prêts à en découdre avec là-haut. « Ma pièce, je la pitche ainsi : cinq Scouts d’Europe se retrouvent sur le terrain multisports de leur quartier pour régler leur compte avec le Créateur. » Il en résulte « une pièce ludique et chouette » où le texte joue à armes égales avec cet environnement pop. « Pour moi, la culture pop, c’est cette époque où l’oeuvre d’art  et la marchandise tendent à se confondre. » C’est pourquoi Céline Champinot ne cesse de mettre en scène des objets du quotidien afin de révéler leur poésie. C’est pourquoi, il ne faut pas s’arrêter aux Monty Python au petit jeu du name dropping. Non, là encore, La Bible, vaste entreprise de  colonisation d’une planète habitable va plus loin. « Il ne faut pas s’arrêter à cela. Ça m’énerve. Je connais très mal les Monty Python ». Et dans la foulée, Céline Champinot nous étonne. « J’adore aller chez Décathlon. C’est ma passion.» L’enseigne a pour slogan « À fond la forme ». Dans le portrait qui nous intéresse, on transforme et conclut par un « À fond la forme et le fond ! ».

- Arnaud Bénureau