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Interview à penser

Erwan Ha Kyoon Larcher

Questionnaire made in TU

Brève interview  : 10 questions existentielles pour 10 réponses spontanées à la rencontre de Erwan Ha Kyoon Larcher, artiste de cirque contemporain et musicien.

Quel est votre premier souvenir de spectateur ?
Celui qui m’a donné envie de faire du cirque ; c’était le spectacle de sortie du CNAC La Tribu Iota, et Biped de Merce Cunningham.

Quelles étaient vos convictions quand vous avez commencé à travailler dans le milieu du spectacle ? Qu'est ce qui vous attirait ?
J’avais la prétention de révolutionner le monde par le corps et j’ai vite compris que ce n’était pas possible (rires rires rires). Ce qui était vraiment naïf et prétentieux, mais, sans changer le monde, je persiste à croire que le corps est central pour opérer une révolution pour soi-même avant toutes choses.

Quand, pour la dernière fois, vous êtes vous lancé malgré la peur, parce que vous sentiez qu'il le fallait ?
Il y a eu la création de RUINE d’abord, il le fallait coûte que coûte même si plusieurs fois j’ai eu envie d’abandonner. Ça fait souvent peur d’être face à soi-même. Puis la toute dernière fois, rester en manifestation contre les violences policières, contre le racisme et pour réclamer justice pour Adama (et tout.e.s les autres) jusqu’à se faire nasser à la lacrymo. Il le fallait et il le faut mais j’ai eu un peu peur (effet escompté de l’autre côté hein).

Comment le monde et son actualité interviennent-ils dans votre travail artistique ? Quel rapport entretenez-vous au monde d'aujourd'hui ?
Le monde est si vaste, trop, pour qu’il intervienne directement dans mon travail. Evidemment j’absorbe beaucoup, consciemment et inconsciemment, en particulier les violences sociétales. La question du racisme est évoquée (très rapidement) dans RUINE, ou bien les questions de construction ou déconstruction de pensées mais en général j’essaie de ne pas être frontal ou de parler de thème (surtout d’actualités). Disons que la tentative de transformer les choses me paraît plus intéressantes pour essayer de décoller d’une réalité, de prendre une certaine distance et de comprendre le regard que j’ai, accepter de ne pas comprendre aussi, mais de tenter d’y remédier.
Je suis très pessimiste en général sur le monde, en me disant (comme pour légitimer ce pessimisme récurrent) que c’est peut-être une forme de lucidité (rires). Je suis quelqu’un de très paradoxal, alors mon rapport au monde l’est sans doute aussi. Je trouve que l’on essaye constamment de trouver de petits arrangements avec soi-même plutôt que d’être radical, et j’oscille entre une croyance profonde en l’humanité avec toutes les formes de luttes que je vois et une envie d’abandon total quand je vois contre qui et quoi nous tentons de lutter.

Pour paraphraser Bruno Latour, quelles activités n'avez vous pas repris ou n'avez vous pas envie de reprendre depuis le confinement ?
Je n’ai pas repris, comme énormément de gens, le fait de jouer devant d’autres personnes (en cette du mardi 07 juillet 2020). Et c’est un réel manque. Pour ce qui est des non-envies alors là … Disons que de toute façon tout est teinté de la situation alors même en faisant les même choses il y a quelque chose de différent. Pour ne pas répondre par la négative je dirai qu’il y a l’envie de conscientiser un peu plus le temps et les gestes (j’ai l’impression d’être encore au mois de mars), comme dirait un ami : de se ré-approprier un temps qu’on nous a volé d’une certaine manière. Ce qui ne veut pas dire aller vite, même si nous n’avons pas le temps dans cette vie si courte. Mais pour dire une phrase un peu simplette, ce monde va tellement vite et dans une brutalité telle qu’il nous faut peut-être tenter de se ralentir à l’intérieur de tout ce merdier et trouver de la douceur à petite échelle.

Qu'est ce que transmettre pour vous ?
La transmission se passe à mon sens dans l’expérience des corps et l’expérimentation des choses avant toute transmission intellectuelle. Le corps a sa propre intelligence et c’est presque un endroit de résistance tant il est oublié même si il est très présent, mais dans sa forme. Je me dis parfois que le corps en substance pourrait disparaître. La technique est importante dans un apprentissage/transmission mais j’ai l’impression que ça situe ailleurs, nous sommes entourés de technicien.n.e.s. et je n’y trouve pas d’intérêts personnellement. La notion de transmission orale me parle davantage, même si l’endroit d’expérimenter comme les enfants m’intéresse encore plus parce qu’il est vraiment question d’apprentissage par le corps, par les sensations, et de rapport au monde donc. Transmettre sans parler peut-être ? En silence.

À quelles conditions l'art peut être un endroit de partage ?
Je ne sais pas… Tant qu’il y a une personne pour émettre quelque chose et une autre pour recevoir c’est déjà pas mal…

Si demain on ne peut plus se rassembler dans une salle de spectacle, qu'est ce qu'il resterait de votre travail ?
Rien de visible. Des souvenirs pour cell.eu.x qui l’auront vu tout au mieux. Après il faudrait trouver d’autres moyens mais c’est une autre question…

Pourquoi aller voir un spectacle aujourd'hui ? Les arts vivants sont-ils de "première nécessité" ?
Peut-être pour ne pas oublier que nous sommes des êtres sensibles. Quant à la première nécessité … visiblement pas vraiment pour certains. Difficile pour certains d’affirmer que quelque chose est clairement inutile mais indispensable et nécessaire.

Quel geste compte le plus pour vous ?
Celui qui nous importe et nous porte.

Avec un T et U, quel slogan auriez-vous envie d'inscrire sur le mur d'un théâtre ?
- Transgresser l’Ufologie
- Trouver l’Underground (pour faire un clin d’oeil au label de techno UR : Underground Resistance) mais ça sonne vraiment pas terrible en français
- Tou.t.e.s Uni.e.s
- Tou.t.es les Utopies
- Transgresser sans s’User
- Tares Ubiques


Propos recueillis en juin 2020.