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Interview à faire

Ensemble c'est (un) tout

La chorégraphe Olivia Grandville et le metteur en scène Guillaume Bailliart ont en commun de s’attaquer à des événements bigger than life et leurs déflagrations : Woodstock pour la première, la catastrophe nucléaire de Fukushima pour le second. Et d’inviter des danseurs et chanteurs non professionnels, amateurs ou en formation, dans leurs spectacles.

- Olivia Grandville, chorégraphe de Nous vaincrons les maléfices.  -

Avant d’être un spectacle pour une vingtaine de jeunes interprètes amateurs de 18 à 30 ans, Nous vaincrons les maléfices est un projet de recherche…

Le point de départ est le documentaire de 4 heures de Michael Wadleigh, Woodstock : trois jours de musiques et de paix. Pour des jeunes gens, c’est une punition atroce que de rester devant un film pendant aussi longtemps. Je les questionne ensuite sur cette expérience-là. Leurs prises de parole se déplacent ensuite sur un fond lié à la musique, à la danse et au corps. Nous vaincrons les maléfices a été créé à Poitiers, puis à Montpellier. À chaque fois, le processus est le même, mais la forme finale diffère forcément.

Peut-on parler de création partagée ?

Je ne sais pas trop ce que cela veut dire. Toutes les créations sont partagées. Par contre, je peux parler ici d’écriture partagée. Car pour ce rapport à cette prise de parole, je propose un atelier d’écriture duquel découlent des mots, leurs mots, qui, ensuite sont mis en jeu. Pareil pour la chorégraphie.

En 2018, vous avez créé Foules, un spectacle pour 100 danseurs amateurs. Qu’est-ce qui vous séduit autant chez les danseurs non professionnels ?

Ça fait plus de 25 ans que les artistes sont sans cesse sollicités pour faire de l’action et de la médiation culturelles. Quand vous faites 4 heures de RER aller et retour pour animer un atelier d’une heure pour des retraités et que vous êtes payé 60 balles, c’est un peu sauvage. Je l’ai subi. J’avais envie de me réapproprier cela en fixant un cadre et non plus répondre simplement à des demandes. Et sur un plan égoïste et pas du tout altruiste, je fais partie des compagnies de danse où il est difficile économiquement de réunir 8 danseurs sur le plateau. Et j’éprouvais le besoin de réunir beaucoup de monde au plateau. C’est pour cette raison que j'ai fait Nous vaincrons les maléfices qui donne du sens à mon travail. Je ne suis pas là pour me faire applaudir, mais pour transmettre notre état d’être humain.


- Guillaume Bailliart, metteur en scène de La Centrale en chaleur -

La Centrale en chaleur est l’adaptation d’un roman japonais éponyme. Comment le transposez-vous ?

Culturellement, c’est un livre très marqué. Nous avons donc décidé de vidéo-projeter les notes de la production. Le choeur, incarné par des interprètes non professionnels, en formation ou amateurs, joue ce rôle de vidéo-projecteur et synthétise des manques que nous avions dans l’adaptation, comme celui, par exemple, d'incarner le peuple. Le choeur devient alors un outil technologique polymorphe offrant une très grande plasticité.

Le choeur occupe une place importante dans votre dispositif dramaturgique…

Le choeur sert de cadre à la pièce et joue des environnements tels que la politique, l’océan ou un camp de réfugiés. Pour autant, notre attente n’est pas tant de faire appel à des interprètes super compétents que des personnes pleinement engagées dans le projet et le spectacle. Car, ce qu’elles ont à faire est très formel, elles sont pleinement aux commandes de ce qu’elles doivent exécuter. C’est pour cette raison que leur engagement est essentiel.

Vous avez joué La Centrale en chaleur à Toulouse et Rennes. Demain, vous le jouez au TU. Le choeur change donc de salle en salle. Cela fait-il bouger la pièce dans la marge ?

Formellement, très peu. Ensuite, entre des élèves du Conservatoire consacrant leur agenda à La Centrale en chaleur et des amateurs arrivant en répétition à 17h après avoir travaillé toute la journée, l’état des interprètes est très différent. Pour ma part, je préfère la maladresse de certains. Cette maladresse crée de l’épaisseur et le projet peut la prendre en charge. Et cela correspond à la philosophie du Groupe Fantômas. Nous sommes sans cesse à la recherche de précision et de failles.

Propos recueillis par Arnaud Bénureau