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Authentique

En dépit du genre

Rencontre avec trois artistes qui écrivent et mettent en scène des paroles audacieuses et avides de liberté en dépit du genre et de ses assignations : Julie Berès, Louise Emö et Marion Solange-Malenfant.

Dans les pièces présentées cette saison au TU, vous écrivez et mettez en scène des personnages féminins. Vous sentez-vous porteuses d’un message féministe ?

Julie Berès : Je ne pense pas être porteuse d’un message féministe, mais ce sont des questions sur lesquelles il faut continuer à être vigilants et sensibles. Le rapport dominants/dominées qui a marqué notre société prend aujourd’hui d’autres formes, peut-être plus pernicieuses et moins révélées. En créant Désobéir, j’ai cherché, avec mon équipe, à comprendre comment des jeunes filles issues de l’immigration peuvent se construire en tant que femmes dans une société souvent misogyne et raciste. Comment, dans la radicalité du discours de Daech, certaines trouvaient une forme de réinvention de soi, une manière de s’opposer au père, aux frères, à l’autorité, aux assignations sociales...

Marion Solange-Malenfant : Je ne l’ai pas intellectualisé comme étant un acte féministe, mais il était important pour moi, en tant que jeune autrice, de donner un rôle à une comédienne, parce que le répertoire compte beaucoup plus de rôles masculins. Pour la figure principale de la pièce, j’ai voulu aller chercher du côté du féminin pour camper une femme atypique et complexe. Ce n’est pas une jeune première, ni une beauté fatale, même si j’ai cherché derrière le Syndrome de Diogène (maladie d'accumulation compulsive) la sensualité ou la poésie qu’elle pourrait porter. Je voulais montrer la possibilité d’être une femme forte, une héroïne au-delà de la marge.

La scène peut-elle avoir une vertue éducative pour construire d'autres représentations des femmes ?

M. S-M. : Mon objectif n’était pas de faire un pamphlet sur la place des femmes, même si la pièce va forcément donner à réfléchir aux spectateurs. À l’avenir, je pense écrire d’autres rôles féminins, mais je n’en ferai pas une lutte absolue. Ce qui me motive avant tout, c’est de donner la parole à des personnes qui ne sont pas souvent sur le plateau.

Louise Emö : Je ne perçois pas le théâtre comme un lieu d’éducation, mais plutôt comme un lieu de catharsis et de sacré, centré sur la condition humaine et le fait qu’on va mourir. Mais la question est complexe. Il y a quelques années à Bruxelles, on m’avait demandé s’il y avait une écriture féminine et une écriture masculine, et j’avais répondu que la question faisait partie du problème : pourquoi le genre nous caractérise-t-il d’emblée ? J’ai répondu par un pamphlet, qui a suscité l’enthousiasme. Depuis, je suis cataloguée comme féministe et corrosive, et invitée en tant que telle. Nous sommes ravies d’honorer ces propositions, mais mon sujet de combat est plus large. Il s’agit plutôt de rendre commune l’expérience de la difficulté d’exister.

En tant qu’artiste, avez-vous constaté des difficultés du fait d’être une femme ?
Des évolutions, notamment par rapport à des générations précédentes ?

J. B. : Il y a une vraie attention de la part de la puissance publique pour amener la parité. Ce sont des tentatives, il y a encore du travail.

M. S-M.: Oui je constate une évolution. On parle beaucoup de la place des femmes dans nos métiers, mais je ne sais pas si c’est plus simple pour autant : j’ai parfois la sensation de devoir lutter davantage qu’un homme pour que mon travail soit reconnu. À l’inverse, il y a un certain engouement pour le fait de mettre en avant des artistes parce qu’elles sont jeunes et femmes. Il faut faire attention à ce que ce ne soit pas qu’un phénomène de mode. La présence des femmes sur les plateaux doit aller de soi.

L. E. : La difficulté est un peu celle-là : être invitée à jouer parce que c’est la journée des Droits des femmes, être en diffusion sur un cabaret féministe... Je ne pense pas être originale dans cette expérience, mais je rencontre aussi des difficultés avec certaines équipes techniques des lieux où nous jouons, qui sont très largement masculines. On ne parle pas le même langage et un rapport un peu de force s’établit malgré nous, comme s’il y avait une hiérarchisation inconsciente.

Propos recueillis par Pascaline Vallée

Julie Berès, autrice et metteuse en scène → Désobéir
Louise Emö, autrice, dramaturge et metteuse en scène → Simon et la méduse et le continent
Marion Solange-Malenfant, autrice et metteuse en scène → Et la neige de tout recouvrir