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Carnet de création Rebelle

Colyne Morange : Oedipe You Motherfucker !

Colyne Morange réside au TU pour travailler sur sa prochaine création : Oedipe You Motherfucker ! Elle y invite son père, le musicien Jean François Morange pour évoquer les relations entre père et fille, la transmission et leur passion commune pour le rock. 

Le processus de création du spectacle, la transmission familiale, le théâtre et les concerts de rock : Entretien avec Colyne Morange

« Le point de départ, c’est que j’avais envie, depuis longtemps – voire depuis l’enfance, de faire un spectacle avec mon père, auteur et chanteur. » Colyne Morange


Quels sont les points de départ de ce spectacle ? Comment naît le désir de création ? Le point de départ, c’est que j’avais envie, depuis longtemps – voire depuis l’enfance, de faire un spectacle avec mon père, auteur et chanteur. Puis, en 2016, mon père m’a invitée à jouer et à l’aider à écrire un spectacle, Les Années Lumières, en réponse à une carte blanche que lui proposait la Soufflerie. Pour l’aider à écrire, je l’ai interviewé. Il a écrit à partir de ça un texte très poétique. En relisant la matière brute retranscrite de l’interview, j’ai trouvé ça beau, quelque chose qui nous dépassait : une fille qui interroge son père sur son travail, sa vie… qui cherche à percer des mystères, à mieux le connaître, comprendre des choses… et j’étais déçue que ceci n’apparaisse pas tel quel dans le spectacle final. Je me suis dit : ben alors, ça veut dire que c’est à toi de le mettre en scène, en repartant de cette posture : la fille qui veut aider son père à créer, et qui l’interroge pour ça.  Le désir de créer vient souvent d’un mélange d’envies intimes, de questionnements non résolus, voire non solvables, d’images ou de situations scéniques qui m’arrivent dans le ventre, et dans la tête. Ici, c’est très simplement l’envie de réaliser un rêve de petite fille, depuis mon point de vue d’adulte, qui m’a donné l’énergie de lancer ce projet… sans savoir de quoi je voulais parler. 

Comment se déroule le travail de création ? Quel est votre processus ? Qu’est ce qui se transforme pendant ce temps ? J’alterne énormément entre l’écriture, seule face à moi-même et mon ordi ou une feuille de papier, les discussions autour d’un des sujets abordés ou le récit d’expériences avec des amis ou des gens rencontrés, et l’expérimentation au plateau, en improvisation. Ce sont des allers retours permanents entre ces différents temps qui nourrissent le travail, couche après couche. J’ai une idée, je la transforme en consignes d’improvisations, je l’essaie au plateau – ça passe toujours par un vécu scénique (même avec des interprètes, j’ai besoin de le vivre, avec mon corps, sur scène), j’enregistre, je réécoute, je garde des bouts, puis je jette… L’équipe et ses propositions viennent énormément nourrir le travail, que j’agence et régule et recadre en permanence avec Heike Bröckerhoff, dramaturge sur les projets.  Et il y a le travail de production qui vient alimenter aussi : quand on écrit un dossier, on synthétise, on verbalise, on reformule, on se rend compte un peu de quoi on parle, ou de quoi on veut parler. Parfois je me rends compte en écrivant le dossier du spectacle, ou en présentant le projet à des gens que ce que je croyais être le sujet principal ne l’est pas. C’est quelque chose de très intime, ça se ressent. Les questions qu’on partage, très concrètes, avec la personne en production, contribuent également au processus. Parce que ça amène à prendre des décisions. Quand il y a trop de réflexion et de rationnel, c’est souvent que je suis à côté. Mais ce processus là n’arrête pas de bouger jusqu’à la première du spectacle, et continue après les représentations. 

Extraits - Propos recueillis en juin 2020.
Création en Nov. 2020 au TU. En part. avec La Soufflerie.