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Interview Rebelle

Aux frontières du réel : révéler notre époque

Interview avec Hugues Duchêne

La réalité, qu'elle se nourrisse d'actualités politiques, de phénomènes sociologiques ou encore de relations humaines, sert de matière première à plusieurs pièces présentées cette saison. Certains artistes cherchent à la comprendre, la questionner, tandis que d’autres en extraient des gestes et paroles pour en former une poésie, brouillant la frontière entre documentaire et art.

Qu’est-ce qui, dans l’actualité, attire votre attention d’auteur et de metteur en scène ?

Hugues Duchêne : Parler d’actualité au théâtre est souvent mal vu. Le goût français pour l’universalisme fait qu’on emploiera des métaphores, des paraphrases plutôt que de nommer directement les personnes et les situations, que l’on considère comme trop anecdotiques. Dès les débuts de ma compagnie, j’ai eu envie de m’inscrire en faux contre cette conception. Je veux parler d’un temps donné, d’un moment qui est révélateur de l’époque dans laquelle nous vivons. Même si je suis aussi l’enfant de cette façon de penser, j’ai envie d’y apporter quelques critiques, car elle me paraît parfois un peu trop simple.

Qu’est-ce qui vous a intéressé dans l’idée d’écriture continue pour ce spectacle ?

H. D. : À chaque fois que le spectacle est présenté, les dernières scènes viennent d’être écrites. Il me semble intéressant et juste de pousser jusque-là l’idée de parler d’actualité. Le public comprend la part d’engagement et de travail que cela représente. De plus, comme il y a l’idée d’une écriture permanente, il y a celle d’une production permanente. Le principe de la pièce est que tous les ans nous créons une heure de spectacle avec l’année politique écoulée. Chaque mois correspond donc à 5 minutes de spectacle. Elles sont financées au fur et à mesure par les théâtres qui nous accueillent.

Quel effet sur le spectateur est recherché ?

H. D. : Je fais du théâtre pour que les spectateurs l’apprécient. Je ne cherche pas à les provoquer ou chambouler, mais à ce qu’ils parcourent au fil de la pièce des moments qu’ils ont vécu depuis septembre 2016. Où étaient-ils quand ils ont appris que François Hollande ne se représenterait pas à l’élection présidentielle et qu’en ont-ils pensé ? Ont-ils regardé l’enterrement de Johnny à la télévision ? Pour nombre d’événements, comme récemment l’incendie de Notre-Dame de Paris, je me suis immiscé dans des groupes de photographes pour prendre des images, qui sont dans le spectacle. J’écris une pièce qui parle de l’évolution politique de la France, mais aussi de moi au milieu de tout ça, pour que les spectateurs se rapportent à leur propre histoire. Il ne s’agit pas de militantisme, je ne cherche pas à les mettre en état de révolte.

Comment procédez-vous pour sélectionner les informations et écrire ?

H. D. : En dehors des deux grands axes que j’ai énoncés, il y a aussi des sujets et des personnages qui reviennent. La question des migrants de Calais, par exemple, est très importante. Chaque année a son grand thème. En 2016- 2017, année électorale, c’étaient les points communs entre les élections américaine et française. La 2e saison était axée sur le judiciaire : les procès terroristes, l’affaire Weinstein et les procès qui s’en suivirent, mais aussi les élections européennes et le Sénat. Et l’année prochaine, je ne sais pas !

Réécrivez-vous des passages antérieurs ?

H. D. : C’est arrivé, oui. C’est un travail assez pragmatique. Par exemple, concernant l’Affaire Benalla, j’ai introduit de manière rétrospective les enregistrements sortis par Médiapart en février 2019, qui contiennent des révélations. Si on apprend un jour qui a donné les éléments sur Pénélope Fillon au Canard enchaîné, nous changerons peut-être la scène.

Propos recueillis par Pascaline Vallée