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Bibliothèque des créations à voir

#5 Collectif MUES, Sarah Baraka & Eliott Pradot I Nuit

Bibliothèque des créations

Les artistes en résidence au TU partagent leurs questionnements sur leur travail en cours et quelques images de leur carnet de bord au quotidien. 

#5 Collctif MUES, Sarah Baraka & Eliott Pradot en résidence pour Nuit du 7 au 11 décembre au TU. 

Quels sont les points de départ de ce spectacle ? Comment naît le désir de création ?

Je crois que le désir de création chez moi part toujours d’une attention portée au corps/aux corps, aux gestes et aux postures de ces derniers. Toutes mes créations sont traversées par ce désir d’étudier le corps de façon sensible. Et c’est, je l’espère, ce qui est au coeur de ce premier projet chorégraphique qu’est Nuit. Dans ce travail, on s’inspire beaucoup d’un texte intitulé La Nuit, vivre sans témoin du philosophe Michaël Foessel qui dit que “la nuit rend la perception vivante”, qu’elle est un espace où l’explication est reléguée derrière l’urgence à sentir, du fait de l’obscurité et du trouble perceptif qui y règnent. En somme, je cherche ici à construire une expérience au sein de laquelle il est moins important de chercher à comprendre que de sentir...

Comment se déroule le travail de création ? Quel est votre processus ? Qu’est ce qui se transforme pendant ce temps ?

Nuit est un projet chorégraphique qui prend ses racines dans un processus de déambulations nocturnes dans l’espace public mis en place depuis septembre 2018 : toutes les nuits, je déambule dans l’espace public en portant mon attention sur la place qu’y occupent mon corps et celui des autres. Une fois au plateau, on cherche alors à créer des jeux d’écho entre l’espace scénique et l’espace in situ de ces déambulations, entre le corps sur scène et les corps qui déambulent aux alentours du théâtre. Le travail de création devient alors ce temps long où l’on laisse ces corps apparaître et disparaître...

Combien de temps avez-vous besoin pour créer un spectacle ?

Comme dirait Borges dans son essai sur Les Mille et Une Nuits : « […] le mot “mille” est presque synonyme d’“infini”. Dire “mille nuits”, c’est parler d’une infinité de nuits, de nuits nombreuses, innombrables. Dire “mille et une nuits” c’est ajouter une nuit à l’infini des nuits. »

Pour Nuit, il nous faut donc un peu d’infini. Le temps de traverser ce qui est nécessaire. Traverser au passage clouté : la nuit le feu vert passe bizarrement plus rarement au rouge.

Quel est votre moteur ? Ce que vous préférez dans votre métier ?

Je crois que le premier moteur tient dans l’idée que ce que l’on veut mettre en question est comme un fil dans notre main qui va nous guider au cours de ce long chemin qu’est la création. C’est ce désir d’être un moment dans l’obscurité totale et de se rendre présent.e, ouvert.e à tout ce que cela va pouvoir laisser advenir. Mais ce qui est moteur aussi, c’est le plaisir de réunir une équipe, de travailler avec elle et ensemble de comprendre de façon sensible ce que l’on est en train de créer. Et évidemment, une troisième, celui de savoir que cela va être partagé par la suite !

Quel est votre premier souvenir de spectateur ?

Mon premier souvenir de spectateur est en réalité assez flou : il remonte à une sortie scolaire au cours de laquelle nous sommes allés voir un spectacle de danse hiphop. Je n’ai jamais réussi à remettre la main ni sur son titre ni sur le nom du ou de la chorégraphe, mais en dépit de ce trou de mémoire, toujours est-il que cette expérience a été importante pour moi puisque c’est elle qui m’a conduit vers la danse...