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Bibliothèque des créations à voir

#4 Julien Fournet I Amis, il faut faire une pause.

Bibliothèque des créations

Les artistes en résidence au TU partagent leurs questionnements sur leur travail en cours et quelques images de leur carnet de bord au quotidien. 

#4 Julien Fournet I THÉÂTRE I Résidence pour Amis, il faut faire une pause du 30 nov. au 4 déc. au TU

Quels sont les points de départ de ce spectacle ? 

Une envie de comprendre ce que je fais.  À force de faire des spectacles et de tourner, de discuter avec le public, les programmateur·ice·s, les artistes, je me suis rendu compte qu'il y avait quelque chose qui était mal partagé : c'est le lien qui existe entre l'art et la politique.  À quel endroit on agit - ou pas.  J'ai eu envie d'aller débusquer cet endroit là, d'essayer de le comprendre et de le partager.

Comment naît le désir de création ? 

J'ai une formation de philosophie et je trouve qu'il y a une jouissance dans la pensée, et plus précisément dans les mouvements de pensée. Au départ de la création d'Amis il faut faire une pause, il y a le désir de trouver des outils pour partager ces moments de jouissance-là. L'envie de trouver le moyen de figurer la pensée, de la mettre en scène.

Comment se déroule le travail de création ? Quel est votre processus ? Qu’est ce qui se transforme pendant ce temps ?

Amis..., c'est un projet "cour de récréation", un projet laboratoire démarré il y a plusieurs années, et auquel je donnais du temps, régulièrement, dans les marges laissées par les autres gros projets dans lesquels j'étais investi. J'ai toujours travaillé seul sur ce projet, c'était moi qui écrivait le spectacle, et qui l'interprétait sur scène. Et puis, récemment, j'ai décidé de le partager, notamment avec un performer (Jean Le Peltier), une collaboratrice artistique (Lorette Moreau) et un scénographe (Arnaud Verley). Etant donné ma façon de faire du théâtre, on ne peut pas parler d'une passation de rôle, je ne me contente pas de transmettre un texte. La recréation d'Amis, c'est tout un travail de réécriture, le texte est taillé sur mesure pour Jean Le Peltier. C'est tout un travail, pour lui, d'appropriation et de reformulation, pour que le propos vive par lui. 

Combien de temps avez-vous besoin pour créer un spectacle ?  Ce projet, je l'ai commencé au Lieu Unique en 2014. Et il sera créé le mois prochain. Donc dans ce cas-ci, c'est un processus de 6 ans. 

Quelle définition avez-vous du spectacle ? Quels sont les enjeux pour vous de la création contemporaine ?

Le spectacle, c'est un drôle de rituel de partage d'expérience sensible en co-présence. Ce qui semble de nos jours totalement révolutionnaire. Bizarrement, la création contemporaine devient un des rares endroits de résistance, par le simple fait de notre présence et de sa durée commune.  Dans une société où nous sommes soumis à un déluge informationnel, où on essaye à tout moment de capter notre attention, la question de la présence se pose avec beaucoup d'acuité. Et bizarrement cette vieille forme qu'est le spectacle vivant devient un refuge. Un refuge d'expérience de vie.

Quel est votre moteur ? L'amitié est un de mes moteurs. Quand je crée, j'imagine que le public pour qui je prépare le spectacle est un groupe d'amis à qui je prépare une surprise. 

Ce que vous préférez dans votre métier ?  Les fichiers excel. Et les fade out lumière hyper lents.

Quel est votre premier souvenir de spectateur ?  Le premier vrai spectacle que j'ai vu, où je me suis rendu par moi-même, vers 18 ans, c'était "Maybe" de Maguy Marin. Je me souviens de la sensation de peser des tonnes dans mon fauteuil. L'impression d'être physiquement écrasé par le poids de la performance à laquelle j'assistais. 

Et sinon, avant ça, quand j'avais 6 ans, je me souviens d'avoir participé à un carnaval, qui était arrivé de façon tout à fait impromptue dans mon village en Auvergne. Ça m'a beaucoup marqué. J'ai appris plus tard que c'était le Royal de Luxe.

Propos recueillis en décembre 2020.