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29 NOV. à 20H30 - 30 NOV. à 20H30 - 01 DEC. à 20H30 - Au TU - 1h45

Les Palmiers sauvages

D’après William Faulkner / Séverine Chavrier / Théâtre Vidy Lausanne / Compagnie La Sérénade Interrompue

Une histoire d’amour dévorante. Une passion insatiable et brutale. Entre Charlotte qui quitte mari, enfants et confort bourgeois pour aimer Harry. Et Harry qui fugue de son internat en médecine pour adorer Charlotte. Dans un voyage sans retour à travers les États-Unis, les deux amants embrassent leur fuite amoureuse jusqu’à une descente aux enfers aux allures de mythe tragique. À partir d’unthéâtre ancré dans la littérature, la musique ainsi que la voix, le corps, la vidéo et la scénographie composent un plateau en ébullition, un espace clos, sentimental et charnel. Charlotte et Henry bâtissent leur territoire intérieur comme une vaine tentative de sanctuariser un amour des plus absolu.

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On aime la mise en scène inventive, la relation amoureuse tourmentée, les deux interprètes formidables, bref un spectacle comme une claque !

On y va avec en couple fusionnel, son amant passionnel, un fan de littérature américaine, de Faulkner.

 

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LA CRITIQUE DU SPECTACLE

Absolu d’amour

Les Palmiers Sauvages marque par l’appétit dévorant qu’il invoque à la scène. Un appétit pour l’humain, ses passions et ses dérives, mais aussi pour le théâtre, notamment la puissance avec laquelle il peut s’emparer du vivant pour ne pas laisser le spectateur tranquille, lui confier des mots tendres et d’autres maux ardents.

 

Produire un raz de marée émotionnel par la multiplicité des formes et forces en présence – ainsi semble s’affirmer la volonté de la jeune metteuse en scène, musicienne de formation, et de ses deux comédiens inépuisables. Harry et Charlotte, uniques et mortels protagonistes, sont les amants intrépides que l’on rencontrait chez Jean-Luc Godard, en voyage éternel, davantage traversés par l’espace qu’eux ne le traversent. Séverine Chavrier les installe dans un débarras sentimental et offre la scène au règne de l’instabilité et du tremblement. Au sein d’un espace qui se tend et se meut à coup d’objets, meubles chutant, de feuilles volantes et de murs et plafonds qui soudain écrasent puis se retirent, les émotions deviennent tangibles.

 

Les contrecoups à cette folie partagée s’inscrivent irrémédiablement dans un lieu-monstre qui épuise, tiraille, essore ses occupants. Plongé dans un univers en décomposition, le couple, apeuré, mis à nu par une routine devenue étreinte étouffante, s’accroche péniblement à un espoir que l’on devine vain. Dès lors les séquences s’enchaînent dans une dégringolade clownesque vers le tragique. Ponctuée de masses sonores surprenantes et de voix sifflées qui suscitent un sentiment d’intrusion dans cette relation lunaire, la pièce s’envisage comme une suite de flashs tourmentés aux lumières aiguisées. Emportés par la fougue arrogante du désir, les deux figures gesticulantes et grimaçantes n’en finissent pas de chuter, de « tomber amoureux ». Des mouvements erratiques d’un amour présenté comme multidimensionnel, traversant de toutes parts la scène et la salle, on retient avant tout la présence familière d’un drame en cours. En premier lieu étrange, puis attachante, cette tragédie contenue explose par endroit, mortifiant les êtres, réduisant le plateau à une prison érotique déglinguée et suintante. On s’y éveille meurtris par un concert d’artifices très justement placés, épris pour une histoire dont on a évidé la narration pour ne laisser que le sentiment, terriblement contagieux, amené au spectateur en bourrasques, déposant en mémoire son écume amère.

 

par Fédelm Cheguillaume, vu à l’Odéon (Paris), juin 2016